On en a désormais la confirmation: lors de son apparition télévisée au côté de Slobodan Milosevic, le 1er avril, le chef modéré des Albanais du Kosovo Ibrahim Rugova n'était pas libre de dire ce qu'il pensait. Ses déclarations, dans lesquelles il demandait l'arrêt des frappes de l'OTAN et se disait prêt à œuvrer pour la paix par des moyens politiques conjointement aux dirigeants serbes, avaient alors éveillé la méfiance.

Dans son édition d'aujourd'hui, l'hebdomadaire allemand Der Spiegel rapporte que sa correspondante dans les Balkans Renate Flottau a passé six jours dans la résidence de Rugova à Pristina. Elle a été témoin des pressions et des menaces dont le dirigeant albanais fait l'objet. Rugova a été forcé à se rendre à Belgrade pour y rencontrer Milosevic, puis à recevoir l'ambassadeur russe à Pristina pour une mise en scène destinée à la presse. Après avoir demandé plusieurs fois à pouvoir quitter le pays, Rugova s'est entendu répondre par Belgrade qu'il «était un homme libre, mais qu'il devait savoir que des Serbes en colère pourraient provoquer toutes sortes d'incidents sur le chemin de la frontière». Rugova estime que Milosevic joue avec lui «au chat et à la souris», et qu'il cherche à le faire passer pour traître aux yeux du peuple albanais.