Etranglé par la chute des cours du pétrole et les sanctions américaines, le Venezuela assure être «bon payeur» mais les mauvaises nouvelles se succèdent pour le pays où la population souffre déjà de graves pénuries d’aliments et de médicaments, faute d’argent pour les importer.

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Dans ce contexte, une délégation menée par le ministre des Finances du Venezuela Simon Zerpa a signé mercredi matin à Moscou un accord restructurant un crédit russe de près de trois milliards de dollars accordé en 2011 pour acheter des armements russes, a indiqué une source diplomatique à l’AFP.

Un accord pour «gagner du temps»

Mais cette opération reste loin de répondre à l’ampleur des difficultés financières de Caracas, qui cherche à restructurer une dette totale estimée autour de 150 milliards de dollars.

Désormais la question de la dette vénézuélienne ne peut plus être résolue d’aucune manière

Anton Tabakh, économiste en chef de l’agence RAEX

Rien qu’envers la Russie, son deuxième principal créancier avec la Chine, sa dette est surtout constituée de diverses échéances entre entreprises, dans une relative opacité, dont six milliards de dollars versés en avance par le pétrolier semi-public Rosneft à la compagnie vénézuélienne PDVSA.

L’accord qui doit être signé mercredi permet «aux deux parties de garder la face et de gagner du temps, car désormais la question de la dette vénézuélienne ne peut plus être résolue d’aucune manière», explique Anton Tabakh, économiste en chef de l’agence de notation RAEX.

Un pays placé en défaut partiel sur sa dette

Coup sur coup lundi et mardi, les agences de notation S&P Global Ratings puis Fitch ont décidé de placer le Venezuela en défaut partiel, constatant que son gouvernement n’avait pas réussi à payer, à l’issue du délai de grâce de 30 jours, des échéances sur sa dette extérieure. Les deux agences ont pris une décision similaire envers le fleuron de l’industrie vénézuélienne, le groupe pétrolier public PDVSA, critiqué pour avoir tardé jusqu’à une semaine pour régler deux échéances d’un montant total de deux milliards.

«Nous sommes de bons payeurs malgré ce que disent les agences de notation, le département du Trésor (américain), l’Union européenne et Donald Trump», s’est défendu mardi le ministre de la Communication, Jorge Rodriguez.

«On s’en fout, nous allons payer d’un commun accord avec les détenteurs de bons», a-t-il ajouté, augurant d’un succès des négociations engagées avec les créanciers sur une restructuration de la dette. Il a toutefois nié tout problème de règlement, assurant que les versements étaient en cours.

Dimanche soir, le président socialiste Nicolas Maduro avait affirmé avec virulence que «jamais» le pays sud-américain ne se déclarerait en défaut de paiement.

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La crainte d’un défaut général

Le geste de Moscou envers son allié stratégique sud-américain s’ajoute au court répit obtenu par PDVSA: l’association internationale des produits dérivés (ISDA), réunie à New York, a renoncé à trancher dans l’immédiat la question d’un défaut de paiement de 1,161 milliard le concernant, en attendant d'«obtenir des informations claires sur le calendrier des paiements effectués».

Ce comité spécialisé composé de 15 sociétés financières se réunira de nouveau jeudi à New York. Redoutée depuis des semaines, l’annonce de défaut partiel du pays pourrait précéder un défaut général, en d’autres termes une incapacité totale de payer ses dettes.

Pour empêcher cette issue, le président Maduro avait convoqué lundi à Caracas les créanciers internationaux afin de renégocier ses conditions d’emprunt. La réunion, d’à peine 25 minutes, s’est achevée sans accord.

Un pays autrefois très riche, désormais coupé des marchés

Le Venezuela, ruiné notamment par la chute des cours de l’or noir, ne dispose plus que de 9,7 milliards de dollars de réserves et doit rembourser au moins 1,47 milliard d’ici fin 2017, puis 8 milliards en 2018.

«Il est très probable que nous considérions toute restructuration de la dette vénézuélienne comme un échange imposé aux créanciers assimilable à un défaut, compte tenu des fortes contraintes pesant sur la liquidité extérieure», a souligné l’agence S&P.

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S&P comme Fitch s’inquiètent aussi des sanctions du gouvernement américain, qui interdit à ses citoyens et banques d’accepter tout accord des autorités vénézuéliennes, ce qui devrait compliquer et allonger les discussions avec les créanciers. Selon Caracas, 70% d’entre eux sont Nord-américains.

Le pays, autrefois le plus riche d’Amérique latine, risque de se retrouver coupé des marchés, tout comme PDVSA, et de devoir affronter des poursuites et la saisie d’actifs et de filiales à l’étranger. Il est déjà sous pression de la communauté internationale, qui dénonce la radicalisation du président Maduro. Lundi, l’Union européenne lui a infligé des sanctions, dont un embargo sur les livraisons d’armes.