A la vérité, cela fait peu de différence pour eux. De quoi Arafat est-il mort? Dans tous les cas, les Palestiniens ne tardent pas à désigner les Israéliens comme responsables, que ce soit de manière directe ou indirecte. Au sein d'une même famille, plusieurs versions peuvent cohabiter sans qu'elles ne paraissent aucunement contradictoires. Un père de famille, jeudi, dans le camp de réfugiés d'Al-Amari, proche de Ramallah: «Il était vieux, faible, et il vivait comme en prison. C'est tout le corps qui a fini par céder.» La mère, dans le même salon où sont accrochées les photos du fils à la petite moustache naissante, tué il y a deux mois par une jeep israélienne lorsque des soldats tentaient d'arrêter des lanceurs de pierres: «Le président a été tué, comme mon fils. Ils l'ont empoisonné. De toute façon, les Israéliens tuent tous les bons Palestiniens.»

Les mystères qui ont entouré la progression de la maladie d'Arafat sont un terreau fertile à la rumeur. Lors de son voyage à Paris au chevet d'un président moribond, la nouvelle direction palestinienne avait pris soin d'exclure explicitement mardi dernier la thèse d'un empoisonnement. Une annonce similaire avait été faite parallèlement à Ramallah.

Mais cela n'a servi qu'à amplifier la rumeur. Les médias arabes, ces derniers jours, se faisaient ainsi l'écho de toutes sortes d'histoires, dont aucune n'est confirmée. Arafat avait recours à un «goûteur», tant il craignait d'être empoisonné, affirme l'une d'elles. Mais les Israéliens auraient pris soin d'introduire des doses infimes de poison dans les aliments à destination de la Mouqataa, son quartier général. Accumulées, ces doses auraient fini par le tuer…

Garder le dossier ouvert

A Paris, dimanche, la déléguée générale de Palestine, Leïla Chahid, donnait pour la première fois une tournure officielle à ces accusations. «Ce n'est pas une rumeur. C'est une conviction profonde, très logique», expliquait-elle à une radio française. «C'est tout à fait possible qu'ils l'aient empoisonné puisqu'ils en ont empoisonné d'autres», poursuivait-elle en admettant toutefois: «Je ne peux pas vous dire que médicalement nous en ayons les preuves.»

Le neveu d'Arafat et représentant de l'autorité palestinienne aux Nations unies de New York, Nasser al-Kidwa, est l'un des seuls, avec la femme d'Arafat, Suha, à avoir eu accès à toutes les informations médicales liées à la mort du leader palestinien. A Ramallah, il insiste, lui aussi, sur le fait que les Palestiniens «n'ont aucune preuve matérielle» sur laquelle baser ces accusations. «Et nous ne pensons pas être en position de les avoir un jour, dit-il. Mais le dossier doit rester ouvert.»

Au cours du siège maintenu par l'armée israélienne, Ariel Sharon n'avait pas caché le fait qu'il préférait voir Arafat plutôt mort que vif. Mais le premier ministre israélien semblait s'accommoder d'une situation consistant en un président palestinien retranché dans son quartier général en ruines et devenu un paria international: ses propos sont toujours restés à l'état de menaces.

Interrogé par la chaîne de télévision Al-Jazira, le principal chef du Hamas en exil, Khaled Machaal, ne prenait pas de gants: «Je tiens Israël pour responsable du crime d'assassinat d'Abou Ammar (Ndlr: le nom de guerre d'Arafat)», lançait-il, sans doute pour alourdir encore les menaces implicites de ce constat. Khaled Machaal, en effet, sait qu'il sera écouté. En 1997, des agents israéliens avaient tenté de l'empoisonner en Jordanie, au cours de ce qui restera comme l'un des plus grands fiascos des services secrets israéliens. Rendu furieux par cette opération, le roi Hussein de Jordanie avait forcé les Israéliens à lui fournir l'antidote capable de sauver le chef du Hamas.