Russie

Les Russes aux urnes et dans la rue contre la réforme des retraites

Des milliers de personnes ont manifesté dimanche contre la très impopulaire réforme des retraites à l'appel de l'opposant emprisonné Alexeï Navalny. Au même moment, le pays se rendait aux urnes pour des élections locales et régionales, dont celle du maire de Moscou

A Moscou, au moins 2000 personnes se sont rassemblées sous haute surveillance policière sur la place Pouchkine, dans le centre de la capitale russe, aux cris de «Poutine est un voleur!» et «A bas le Tsar!», selon des journalistes de l'AFP sur place. A Saint-Pétersbourg, environ un millier de personnes sont sorties dans les rues, scandant «Honte!».

Au total, la police a arrêté plus de 290 personnes dans toute la Russie, notamment à Ekaterinbourg dans l'Oural et à Omsk en Sibérie, lors de ces protestations dont la majorité ont été interdites par les autorités, selon l'organisation OVD-Info, spécialisée dans le suivi des arrestations.

«On ne peut plus tenir»

«Le pouvoir a tout pris jusqu'à la dernière miette. Ma mère, mon mari vont travailler plus longtemps. C'est la goutte de trop, on ne peut plus tenir», a déclaré Tatiana Rechetskaïa, une manifestante moscovite de 21 ans. «On dépense de l'argent pour l'armée en Syrie, en Ukraine, pour les amis du président, mais rien pour les retraités», a fustigé Olga Tchenouchka, une employée de 44 ans.

Les autorités russes sont confrontées depuis plusieurs mois à une fronde inhabituelle face au projet du gouvernement d'augmenter l'âge de départ à la retraite, qui était resté inchangé depuis près de 90 ans dans un pays où l'espérance de vie reste à la peine, surtout pour les hommes.

Le président Vladimir Poutine, qui s'était dans un premier temps distancé du projet, l'a finalement endossé, proposant fin août un assouplissement de la réforme. Son annonce mi-juin, le jour du lancement de la Coupe du monde de football en Russie, avait provoqué une chute de sa cote de popularité.

Elections sans surprise

Ces manifestations se sont déroulées à l'appel du principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, qui purge une peine de 30 jours de prison pour une manifestation organisée en janvier, alors que les Russes étaient appelés aux urnes pour des élections qui concernent des postes de gouverneurs, de députés locaux et d'autres responsables dans diverses régions.

L'élection à Moscou, le scrutin le plus symbolique, devrait sans surprise voir la réélection du maire Sergueï Sobianine, faute d'opposition réelle et fort du soutien du Kremlin et du parti au pouvoir, Russie Unie. Faute de suspense, le véritable indicateur du scrutin sera la participation.

Opposition «tolérée»

Propulsé en 2010 par le Kremlin à la tête de la mégalopole, M. Sobianine, 60 ans, peut se vanter d'avoir changé pour le mieux le visage de Moscou, grâce à de coûteux et titanesques projets d'urbanisme.

Mais pour ses opposants, la multiplication des zones piétonnières, l'ouverture de stations de métro ou d'un nouveau parc dans le centre de Moscou ne sont qu'une façade destinée à une classe moyenne qui avait manifesté, durant l'hiver 2011-2012, contre le retour au Kremlin de Vladimir Poutine.

Il y a cinq ans, Alexeï Navalny avait failli contraindre Sergueï Sobianine à un second tour. Pour éviter la répétition d'un tel scénario, seuls les membres de l'opposition «tolérée», communistes ou nationalistes, ont cette fois pu déposer leur candidature.

Ainsi, le conseiller municipal d'opposition Ilia Iachine, ancien proche de l'opposant assassiné Boris Nemtsov, l'ancien député d'opposition Dmitri Goudkov ou le militant gay Anton Krassovski n'ont pas pu se présenter, faute de respecter des exigences durcies depuis la précédente élection.

Comme Vladimir Poutine avant l'élection présidentielle de mars, Sergueï Sobianine n'a pris part à aucun débat avant cette élection gagnée d'avance.

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