Les Russes ont commencé à voter vendredi aux élections législatives, avec l’ouverture des premiers bureaux de vote dans l’Extrême-Orient, un scrutin dont l’essentiel des détracteurs du Kremlin ont été bannis. «Allons-y!», a lancé la présidente de la Commission électorale centrale, Ella Pamfilova, lors d’une réunion de cette instance diffusée en direct sur son site.

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La Russie étant étendue sur onze fuseaux horaires, le coup d’envoi de ces élections, qui se dérouleront du 17 au 19 septembre, afin de limiter le risque épidémique, a été donné dans les régions du Kamtchatka et de Tchoukotka, dans l’Extrême-Orient, à 8h locales (jeudi à 22h en Suisse).

L’appel à la «responsabilité» de Poutine

«Nous allons tout faire pour que le processus électoral se déroule de manière ouverte et transparente», a assuré Inga Irinina, responsable de la commission électorale locale à Petropavlovsk-Kamtchatski, chef-lieu de la péninsule du Kamtchatka, lors d’une séance de visioconférence avec la Commission électorale centrale. Les bureaux de vote à Moscou, la capitale, ont eux ouvert leurs portes à 8h (7h en Suisse).

A quelques heures du début du scrutin, le président Vladimir Poutine a appelé les Russes à faire preuve de «responsabilité, de pondération et de patriotisme», dans une vidéo publiée sur le site du Kremlin dans la nuit de mercredi à jeudi. Il a lancé cet appel alors qu’il est à l’isolement en raison de dizaines de cas de Covid-19 identifiés dans son entourage, illustrant les difficultés de Moscou à enrayer l’épidémie sur fond de campagne de vaccination poussive.

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Son porte-parole, Dmitri Peskov, a jugé possible que Vladimir Poutine utilise le système de vote en ligne au lieu de se rendre aux urnes, du fait de sa quarantaine. Le marathon électoral russe de trois jours comprend des législatives mais aussi des dizaines d’élections régionales et locales. Les premiers résultats sont attendus après 21h dimanche (20h en Suisse).

L’opposition bannie

L’essentiel de l’opposition a été bannie du scrutin, apogée de mois de répression entamés avec l’arrestation de sa figure de proue, Alexeï Navalny, alors qu’il rentrait en Russie en janvier après un empoisonnement dont il accuse le Kremlin.

L’ensemble de son mouvement a depuis été interdit pour «extrémisme» et nombre de ses alliés de premier plan ont été contraints à l’exil, assignés à résidence ou interdits de candidature.

Jeudi, le puissant Comité d’enquête russe a indiqué ouvrir une enquête contre onze personnes, dont il va demander l’incarcération, accusées d’avoir appelé sur la messagerie cryptée Telegram à «des troubles de masses» durant les élections.

Quelque 108 millions de Russes sont appelés aux urnes pour élire les 450 députés de la chambre basse du parlement, la Douma. La moitié sont désignés au scrutin proportionnel de liste, l’autre au mode majoritaire uninominal.

L’appel de Navalny à ses sympathisants

Alexeï Navalny a appelé depuis sa prison ses sympathisants à voter «intelligent», en soutenant les candidats – bien souvent des communistes – les mieux placés pour mettre en difficulté celui du parti au pouvoir, Russie Unie. Impopulaire, sur fond de scandales de corruption et de baisse du niveau de vie, Russie Unie compte moins de 30% d’opinions favorables selon les sondages.

Mais la formation devrait néanmoins s’imposer, faute de concurrence réelle, les autres partis représentés à la Douma – communistes, nationalistes et centristes – étant dans l’ensemble dans la ligne du Kremlin.

Vladimir Poutine, au pouvoir depuis plus de vingt ans, a aussi fait campagne pour sa formation à sa manière, en annonçant notamment une aide financière exceptionnelle pour 42 millions de retraités, un électorat clé. Les autorités russes ont en outre multiplié les efforts pour limiter l’impact du «vote intelligent», qualifié «d’extrémiste» et d’illustration des ingérences occidentales dans les élections.

Application de «vote intelligent» supprimée

Les alliés d’Alexeï Navalny ont ainsi accusé vendredi Google et Apple d’avoir supprimé leur application de vote «intelligent» de leurs plateformes, dénonçant une «censure». «Aujourd’hui, à 8 heures du matin, heure russe, Google et Apple ont supprimé notre application Navalny de leurs boutiques d’applications. C’est-à-dire qu’ils ont cédé au chantage du Kremlin», déclaré sur sa chaîne Telegram Leonid Volkov, un des plus proches alliés de l’opposant.

Vendredi matin, l’application n’apparaissait plus dans les «boutiques» de Google et Apple, ni en Russie ni en France, ont constaté des journalistes de l’AFP. «Supprimer l’application de Navalny des plateformes est un acte honteux de censure politique. Le gouvernement autoritaire et la propagande russes seront ravis», a déclaré sur Twitter Ivan Jdanov, directeur de l’organisation de l’opposant emprisonné, le Fonds de lutte contre la corruption.

Moscou cible les géants d’internet

«L’Etat russe tout entier et même les grandes entreprises de la tech sont contre nous, mais cela ne signifie pas que nous pouvons baisser les bras», a indiqué sur Telegram l’équipe d’Alexei Navalny. Ce dernier a appelé depuis sa prison ses sympathisants à voter «intelligent», en soutenant les candidats – bien souvent des communistes – les mieux placés pour mettre en difficulté celui du parti au pouvoir, Russie Unie. Son application permettait aux utilisateurs de savoir quel candidat soutenir dans leur circonscription, selon cette stratégie.

Moscou reproche régulièrement aux géants d’internet de refuser de supprimer des contenus jugés illégaux. La diplomatie russe a signifié la semaine dernière sa colère à l’ambassadeur américain sur ce sujet. Twitter, Facebook ou encore Telegram ont été condamnés à maintes reprises ces derniers mois pour leur refus d’effacer des publications.