Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Un combattant de l'EI dans les rues de Mossoul, en Irak.
© STRINGER/FILE PHOTO/REUTERS

Proche-Orient

La Russie accuse les Etats-Unis d'entraîner l'Etat islamique en Syrie

L’escalade verbale intervient sur fond de blocage du processus de règlement politique en Syrie et d’une confrontation globale entre Moscou et Washington, incluant l’Ukraine et la dissuasion nucléaire.

Moscou accuse Washington d’entraîner Daech sur ses bases militaires en Syrie, en Jordanie et en Irak. Ce sont les accusations les plus graves et les plus précises portées contre les Etats-Unis et la coalition internationale depuis l’intervention russe dans le conflit syrien en 2015. «Selon le renseignement spatial et d’autres types de sources, il existe des unités militantes [à l’intérieur d’une base américaine d’Al-Tanf proche de la frontière avec la Jordanie]. En fait, ils s’entraînent là-bas», a affirmé le général Valery Gerasimov, chef d’état-major des forces armées russes, dans un entretien paru mercredi dans le tabloïd Komsomolskaïa Pravda.

Véritable port militaire prévu

«Ces combattants sont de facto membres de l’Etat islamique. Mais, après leur entraînement, ils changent de couleur et sont rebaptisés «nouvelle armée syrienne», ou autre», déclare Valery Gerasimov, qui chiffre à 750 le nombre de combattants dissimulés sur la base de Shaddadi (dans une zone contrôlée par les Kurdes) et 350 sur la base d’Al-Tanf.

Les accusations du chef d’état-major russe contredisent ses propres affirmations du 7 décembre, selon lesquelles «tous les groupes de l’Etat islamique sur le territoire syrien ont été détruits et le territoire lui-même libéré». Lors d’une visite surprise le même jour en Syrie sur la base militaire russe de Hmeimim, le président russe, Vladimir Poutine, avait déclaré victoire et annoncé le retrait des forces de son pays. Mais dès le surlendemain, il annonçait l’élargissement et la pérennisation par la Russie de la base navale de Tartous, en Syrie. Jusqu’ici simple base de ravitaillement et d’entretien, Tartous deviendra un véritable port militaire capable d’accueillir jusqu’à 11 navires, dont un porte-avions.

Extraits d’un jeu vidéo

Les accusations de collusion entre les Etats-Unis et l’Etat islamique ne sont pas nouvelles. Mais leur fondement était douteux. Le mois dernier, le Ministère russe de la défense avait diffusé sur son compte Twitter des clichés «prouvant irréfutablement la couverture par les Etats-Unis de convois armés de Daech pour promouvoir les intérêts américains au Proche-Orient». Or, ces clichés ont rapidement été identifiés comme extraits d’un jeu vidéo. Le 17 août, la porte-parole du Ministère des affaires étrangères, Maria Zakharova, avait accusé «les pays occidentaux et des puissances régionales de fournir des substances toxiques interdites aux militants, terroristes et extrémistes en Syrie». Sans apporter la moindre preuve. Les membres de la coalition occidentale ont de leur côté accusé la Russie de concentrer ses frappes contre l’opposition modérée à Bachar el-Assad et d’épargner sciemment Daech.

Cette escalade verbale surgit sur fond d’impasse dans les négociations pour une issue politique au conflit syrien. Les combattants rebelles et les groupes d’opposition à Bachar el-Assad ont rejeté mardi l’invitation aux pourparlers organisés par la Russie. Ils affirment que Moscou exige qu’ils renoncent à leur demande de démission du président. «Nous rejetons totalement la tentative de la Russie de contourner le processus de Genève», déclare dans un communiqué une opposition aujourd’hui en position de grande faiblesse sur le plan militaire.

La fréquence des incidents entre avions militaires occidentaux et russes ne cesse de croître

Mercredi, la voix d’Erdogan, pourtant partenaire de Moscou et de Téhéran dans le processus diplomatique, a rejoint le chœur des critiques acerbes. «Assad est définitivement un terroriste qui a perpétré des actes de terrorisme d’Etat. Il est impossible de poursuivre avec Assad», a déclaré le chef d’Etat turc lors d’une conférence de presse à Tunis. Ce sont ses propos les plus tranchés depuis plusieurs mois sur ce dossier, et ils augurent un revers diplomatique pour Moscou.

Présentée comme un triomphe au public russe, l’intervention russe en Syrie a aussi pour objectif de replacer le pays au rang de superpuissance diplomatique et militaire. Moscou ne lésine pas sur les démonstrations de force pour revenir au premier plan. Au risque de provoquer des étincelles. La fréquence des incidents aériens entre avions militaires occidentaux et russes ne cesse de croître. Circonscrits à la zone baltique jusqu’en 2016, ces confrontations se multiplient au-dessus de la mer Noire, de l’océan Atlantique et en Syrie. Le même phénomène s’observe sur les mers. Et désormais dans les profondeurs sous-marines.

Un risque d’étincelles

Tout récemment, l’OTAN a tiré la sonnette d’alarme, parlant d’activité sans précédent des sous-marins russes depuis la fin de la Guerre froide. Selon l’amiral britannique Andrew Lennon, commandant adjoint de la flotte sous-marine de l’OTAN, des manœuvres sont menées par des appareils russes à proximité de câbles de télécommunications transatlantiques cruciaux pour l’économie et la sécurité des pays de l’Alliance. Plus tôt cette année, le commandant en chef de la marine russe, Vladimir Koroliov, s’était félicité «qu’en termes de jours passés en mer, l’année dernière, nous avons atteint le même niveau qu’avant la période post-soviétique». La Russie dispose de 60 sous-marins de grand gabarit, dont 13 porteurs de missiles nucléaires.

L’escalade reprend autour du conflit ukrainien, où un règlement politique selon les accords de Minsk apparaît aujourd’hui chimérique, alors que Moscou s’est retiré la semaine dernière d’un groupe d’observation du cessez-le-feu. Washington vient d’annoncer pour la première fois la livraison d’armes anti-tank à Kiev, une option qu’avait toujours exclue l’administration Obama.

L’aspect le plus inquiétant du raidissement concerne les désaccords sur la dissuasion nucléaire. Les Etats-Unis accusent la Russie de violer le traité de 1987 sur les forces nucléaires à moyenne portée. «Ce sera le principal sujet de conflits en 2018 et les deux camps se préparent visiblement à sortir de l’accord, en se rejetant mutuellement la faute, souligne l’expert en relations internationales Vladimir Frolov. L’idée de renoncer aux accords de contrôle des armes, parce qu’on entre dans un «monde nucléaire polycentrique», mène à une dangereuse et déstabilisatrice course aux armements.»

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a