La Russie a affirmé avoir tiré mercredi des coups de semonce contre un destroyer britannique en mer Noire qui avait, selon Moscou, pénétré dans ses eaux territoriales au large de la Crimée annexée, un incident démenti par Londres.

Cet accrochage russo-britannique, s’il a eu lieu, serait une première et intervient à quelques jours des manœuvres militaires Sea Breeze 2021, qui doivent se tenir du 28 juin au 10 juillet en mer Noire et qui impliquent les Etats-Unis, d’autres pays de l’OTAN et l’Ukraine, ce que Moscou voit d’un très mauvais œil.

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«Le destroyer [britannique HMS Defender] a reçu un avertissement que des armes seront utilisées en cas de violation des frontières russes. Il n’a pas réagi à l’avertissement», a indiqué le Ministère russe de la défense, cité par les agences de presse russes. Un «navire de patrouille frontalière» russe a donc «tiré des coups de semonce» et un avion Su-24M a effectué un «bombardement de précaution le long du parcours du destroyer» britannique, selon la même source.

«Un passage innocent»

Le navire britannique a ensuite quitté les eaux russes, mettant fin à l’incident, qui a duré un peu plus d’une vingtaine de minutes mercredi à la mi-journée, selon Moscou.

Les autorités britanniques ont pour leur part indiqué qu’«aucun tir n’a été dirigé sur le HMS Defender», ajoutant ne pas reconnaître «l’affirmation selon laquelle des bombes ont été larguées sur son passage». «Aucun coup de semonce n’a été tiré vers le HMS Defender. Le navire de la Royal Navy effectue un passage innocent dans les eaux territoriales ukrainiennes, conformément au droit international», a indiqué le ministère de la Défense britannique sur Twitter.

«Nous pensons que les Russes menaient un exercice d’artillerie en mer Noire», a-t-il ajouté.

Le Ministère russe de la défense a annoncé dans la foulée la convocation de l’attaché militaire de l’ambassade britannique à Moscou, ont rapporté les agences russes.

Quelques heures avant l’incident, le président Vladimir Poutine avait répété que son pays était «préoccupé par le renforcement en cours des capacités et infrastructures militaires de l’OTAN à proximité des frontières russes».

Exercices d’arraisonnement

Selon un communiqué de la Royal Navy du 10 juin, le HMS Defender se trouvait dans la région pour des exercices de l’OTAN et «s’est détaché temporairement du groupe de travail pour effectuer sa propre série de missions en mer Noire». «Au cours des dernières semaines, Defender, basé à Portsmouth, a suivi une formation intensive et a travaillé sur l’opération Sea Guardian, la mission de contre-terrorisme de l’OTAN en Méditerranée», indique le communiqué.

Les forces ukrainiennes, américaines et britanniques ont mené mercredi à bord du navire des exercices mineurs d’arraisonnement, selon un message publié sur Facebook par le Ministère ukrainien de la défense.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, a dit sur Twitter voir dans cet incident le prolongement de «la politique agressive et provocatrice» de Moscou en mer Noire et en mer d'Azov.

Démonstration de force russe

Cet incident a eu lieu au large de la Crimée, péninsule ukrainienne annexée en mars 2014 par la Russie, qui y dispose d’une base navale et dont les eaux ont déjà fait l’objet de plusieurs incidents par le passé. La Russie a mené dans cette région plusieurs exercices militaires ces derniers mois, y compris via le déploiement temporaire de plus de 100 000 soldats aux frontières ukrainiennes et en Crimée en avril, une démonstration de force qui avait suscité de vives tensions avec l’Occident.

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En 2018, Moscou avait saisi trois navires de guerre ukrainiens et capturé 24 marins qui tentaient de pénétrer dans la mer d’Azov, partagée entre les deux pays. Il s’agissait premier incident armé direct entre les deux pays.

Les accrochages impliquant des avions ou des navires aux frontières russes ne sont pas rares, surtout en période de tensions avec les Occidentaux, mais le tir de coups de semonce est une première pour ce genre d’incidents. La plupart des incidents ont lieu dans la Baltique ou dans l’Arctique, et plus rarement en Exrême-Orient, où la Russie a annoncé mercredi avoir intercepté un avion espion américain au-dessus de la mer d'Okhotsk.