La Russie a annoncé ce jeudi qu’elle lancerait dès vendredi le retrait de ses troupes massées près de l’Ukraine et en Crimée annexée. La présence de ces dizaines de milliers de soldats près de l’Ukraine, qui combat déjà depuis 2014 des séparatistes prorusses dans l’Est du pays, a grandement alimenté les tensions entre Moscou, Kiev et les Occidentaux et donné lieu à des passes d’armes verbales.

Les Etats-Unis, qui soutiennent l'Ukraine dans sa crise avec la Russie, ont dit attendre «des actes» et pas seulement des «paroles» de la part de Moscou et promis de «continuer à surveiller la situation de près».

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est félicité de ce retrait, estimant qu’il conduisait à «une réduction proportionnelle de la tension» tout en assurant que son pays «restait vigilant». Les autorités ukrainiennes avaient jusque-là accusé la Russie de chercher à «détruire» leur pays et de préparer une invasion, alors que le conflit avec les séparatistes a gagné en intensité depuis le début de l’année.

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Faire face à l'Otan

Moscou a rétorqué que ses soldats menaient des «exercices» destinés à faire face aux «actes menaçants» de l’Otan à ses frontières orientales et aux «provocations» de Kiev. Et le Kremlin a souligné à plusieurs reprises «ne menacer personne». «Les troupes ont démontré leur capacité à assurer une défense fiable du pays. J’ai donc décidé d’achever les activités d’inspection dans les districts militaires du Sud et de l’Ouest», frontaliers de l’Ukraine, a déclaré le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, ordonnant aux soldats de «retourner vers leurs points de déploiement permanents» à partir de vendredi. Les soldats déployés rentreront avant le 1er mai, a-t-il ajouté.

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Sergueï Choïgou était arrivé quelques heures plutôt dans cette péninsule annexée par la Russie en 2014 pour assister à l’une des phases de ces exercices militaires impliquant 10 000 militaires, l’aviation, une quarantaine de navires de guerre, la défense antiaérienne et des troupes aéroportées.

Tensions en mer d'Azov

Avant les manœuvres de vendredi en Crimée, plusieurs autres exercices avaient eu lieu les jours précédents en mer Noire, tandis que des dizaines de milliers de soldats – jusqu’à 100 000 selon l’Union européenne – étaient massés aux frontières ukrainiennes et en Crimée. Moscou a aussi limité pour six mois la navigation de navires militaires et officiels étrangers dans trois zones au large de la péninsule annexée, notamment autour de la presqu’île de Kertch.

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Cette dernière zone est la plus controversée car proche du détroit de Kertch reliant la mer Noire à la mer d'Azov, qui est d’une importance cruciale pour les exportations de céréales ou d’acier produits en Ukraine. Ces restrictions avaient été dénoncées comme une «escalade» par Washington.

Dans l'est de l'Ukraine, les combats continuent

Si le retrait des troupes russes devrait faire baisser la tension, le conflit entre Kiev et séparatistes prorusses se poursuit dans l’est de l’Ukraine et a fait des dizaines de morts depuis janvier.

Un soldat ukrainien a été tué jeudi dans un bombardement sur la ligne de front, selon l’armée ukrainienne, qui accuse les rebelles de «violer intentionnellement le cessez-le-feu».

Peu avant l’annonce de la fin des manœuvres russes, des militaires ukrainiens postés près de la localité de Pisky, en périphérie de Donetsk, l’un des bastions des séparatistes, doutaient encore de la possibilité de résoudre la crise par le dialogue. «Tout est dans l’impasse, personne ne veut régler le conflit par les moyens diplomatiques mais personne ne veut la guerre non plus», a relevé Kyrylo, 35 ans, un militaire chargé de la reconnaissance.

Estimant que l’Ukraine, une ex-république soviétique, faisait office de «tampon entre l’Est et l’Ouest», il a émis l’espoir que le pays rejoigne l’Alliance atlantique. «Si on adhère à l’Otan, la Russie sera entourée de toutes parts par l’Alliance et sera foutue», a renchéri un autre soldat au nom de guerre de «Joker», 24 ans. Le conflit dans l’Est de l’Ukraine a fait plus de 13 000 morts depuis 2014.

Vladimir Poutine s'est dit prêt à recevoir à Moscou «à n'importe quel moment» Volodymyr Zelensky pour évoquer leurs relations bilatérales, mais l'a renvoyé vers les séparatistes pour parler du conflit dans l'est ukrainien.