Les renforts ont été envoyés à la base russe de Kant, à une vingtaine de kilomètres de la capitale Bichkek, pour protéger les familles des militaires russes, a précisé le général Makarov, cité par les agences russes. «C’est le président (Dmitri Medvedev) qui a pris la décision d’y envoyer deux unités de parachutistes. Environ 150 hommes sont arrivés à Kant», a ajouté M. Makarov. Il s’exprimait à Prague, en marge de la cérémonie de signature d’un nouveau traité de désarmement nucléaire russo-américain.

Le président kirghize, Kourmanbek Bakiev, a fui la capitale Bichkek après de sanglants affrontements mercredi entre opposants et policiers qui ont fait 75 morts et un millier de blessés.

Jeudi, le chef du gouvernement par interim Rosa Otounbaïeva, ex-ministre des Affaires étrangères, a appelé au calme et annonce qu’une élection présidentielle aurait lieu dans six mois et reçoit la soutien du Premier ministre russe Vladimir Poutine.

«Le pouvoir est sous le contrôle du gouvernement provisoire. Cette construction du système politique va fonctionner durant six mois pour préparer une nouvelle Constitution et organiser la tenue d’une élection présidentielle conforme à toutes les règles démocratiques», a déclaré Rosa Otounbaïeva.

Quelques minutes plus tard, l’ex-candidat à la présidentielle de l’opposition, Almazbek Atambaïev, a confirmé ce calendrier devant une foule de partisans de l’opposition. «En ce moment, un groupe de travail dirigé par (l’opposant) Omourbek Tekebaïev travaille à l’élaboration d’une nouvelle Constitution, d’une nouvelle loi électorale, et d’une nouvelle législation sur les rassemblements pacifiques», a-t-il ajouté.

Les dirigeants de l’opposition du Kirghizstan avaient annoncé mercredi la chute du gouvernement après ces affrontements, notamment dans la capitale Bichkek, qui avaient provoqué la fuite de son président, Kourmanbek Bakiev. Soixante-cinq personnes au total ont été tuées au cours de ces affrontements, a annoncé à l’AFP le ministère kirghize de la Santé.

Le président réfugié dans son fief du sud

M. Bakiev, 60 ans, dont l’opposition réclamait le départ, a décollé vers 20H00 locales (14H00 GMT) de l’aéroport Manas, au nord de la capitale Bichkek, à destination d’Osh, ville du sud du pays. «Bakiev est parti pour Osh, sur l’insistance de ministres-clés et (des responsables) de sa sécurité», a indiqué à l’AFP un membre du ministère de la Défense, ce qu’a confirmé la municipalité d’Osh.

Son Premier ministre, Daniar Oussenov, a «remis une lettre de démission», après des négociations avec l’un des chefs de l’opposition, Temir Sariev, a annoncé ce dernier à la radio kirghize Azattyk. L’opposition a formé son «propre gouvernement», avec à sa tête Rosa Otounbaïeva, a ajouté M. Sariev. «Le pouvoir est désormais dans les mains du gouvernement du peuple», a déclaré Mme Otounbaïeva à la radio, «des responsables ont été nommés et travaillent déjà à normaliser la situation».

Le pouvoir est tombé après que des centaines de manifestants ont pris d’assaut le Parlement et la présidence à Bichkek. «Près de 100 personnes ont été tuées dans les troubles» dans le pays, a de son côté déclaré l’un des leaders de l’opposition, Omourbek Tekebaïev, à la télévision publique, saisie par les manifestants. Le siège du parquet général a aussi été incendié.

Une révolte dans la rue

Les premiers incidents ont éclaté lorsque la police a tenté en vain de disperser les manifestants rassemblés près du siège de l’opposition. A la suite de violents affrontements, les autorités ont décrété l’état d’urgence et imposé un «couvre-feu». La situation a ensuite dégénéré lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu et utilisé des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes contre les manifestants.

Le président Bakiev, lui-même arrivé au pouvoir par une révolution en mars 2005, était critiqué pour sa dérive autoritaire et son népotisme. A Bichkek, son domicile a été pillé et incendié par des inconnus qui en sont ressortis avec de gros sacs en plastique remplis de vêtements, de draps et de vaisselle, selon un correspondant de l’agence Interfax sur place.

L’incertitude régnait sur le sort du ministre de l’Intérieur, Moldomoussa Kongantiev. Une source au ministère, des médias indépendants et des ONG assuraient qu’il avait été tué à Talas (nord-ouest) lors de heurts, mais un porte-parole du ministère a démenti.

Rassurer la communauté internationale

Le nouveau gouvernement en tout cas s’est empressé de rassurer la communauté internationale, qui avait fait part de son inquiétude hier. La base militaire américaine au Kirghizstan, vitale pour les opérations militaires de l’Otan en Afghanistan, restera ouverte, a déclaré jeudi Rosa Otounbaïeva, la chef du gouvernement par intérim arrivée au pouvoir après une révolte populaire.

«Rien ne va changer» au regard de l’accord entre le Kirghizstan et les Etats-Unis sur la présence américaine et les opérations à la base de Manas, située dans la banlieue de Bichkek, la capitale de ce pays d’Asie centrale, a déclaré Mme Otounbaïeva lors d’une conférence de presse. Quelque 35.000 soldats américains allant en Afghanistan ou en revenant transitent chaque mois par la base aérienne de Manas.