Selon les premiers éléments de l’enquête, un homme, «d’une trentaine d’années et d’apparence arabe», aurait déclenché une bombe dans le hall des arrivées internationales de l’aéroport moscovite de Domodedovo, situé à une trentaine de kilomètres au sud de la capitale russe. Les bilans provisoires sont toujours imprécis, et varient, selon les sources officielles, entre 29 et 35 morts, tandis que l’explosion aurait blessé, selon le Ministère des situations d’urgence, 168 personnes. Plusieurs ressortissants étrangers feraient partie des victimes.

«On a entendu une énorme explosion. L’onde de choc a été perçue dans tout le bâtiment de l’aéroport, même si les fenêtres n’ont pas été soufflées», explique Evgueni, un employé de l’aéroport présent à Domodedovo au moment du drame, survenu lundi à 16 h 32 locales (14 h 32 suisses). Selon les premiers éléments de l’enquête, la charge explosive correspond à une bombe de cinq kilos de TNT. Des caméras de surveillance, qui filmaient le hall au moment de l’explosion, devraient permettre aux enquêteurs d’avancer rapidement.

Les commentaires et les vidéos mis en ligne sur Internet, quelques minutes après l’attentat, témoignent de la violence de l’impact. Des dizaines de victimes sont inanimées, tandis que des membres humains jonchent le sol du hall de l’aéroport. «Il y a une montagne de débris», assure sur son compte Twitter un jeune homme, «Ilya», présent sur place. «Les blessés ont été rapidement évacués, mais les cadavres sont restés sur place en raison de l’enquête», explique-t-il.

Selon un témoin interviewé par la télévision russe, le toit du terminal aurait été «ébranlé» par la déflagration. L’aéroport a néanmoins été rouvert au trafic aérien vingt minutes après l’attentat, seule la zone où a eu lieu l’explosion ayant été fermée.

Les autorités russes ont réagi rapidement. Les enquêteurs et certains officiels, notamment le maire de Moscou, se sont rendus sur les lieux une heure après l’explosion. Le président Dmitri Medvedev a reporté son départ prévu ce mardi pour le Forum économique de Davos. Lors d’une intervention télédiffusée, le chef du Kremlin a évoqué certaines «défaillances» de l’appareil sécuritaire du pays, estimant que «les lois qui doivent être appliquées ne fonctionnent pas comme il le faut». Dmitri Medvedev a également ordonné la mise en place d’un «régime spécial» de protection pour les lieux les plus sensibles, notamment les gares et les aéroports à l’échelle du pays, ainsi que pour le métro moscovite. Le premier ministre Vladimir Poutine, s’exprimant peu après le président, a fait une brève intervention, précisant que le gouvernement allait dédommager les familles des victimes.

L’attentat n’a pas été attribué pour le moment, mais le modus operandi rappelle celui de la rébellion nord-caucasienne, qui avait notamment revendiqué le double attentat commis dans le métro de Moscou le 31 mars 2010 (40 morts). Une «source officielle» russe, anonyme, confirmait à l’agence Interfax hier soir que la «piste nord-caucasienne était privilégiée».

Certains médias, citant des sources policières, indiquent qu’une attaque contre un aéroport moscovite était «sérieusement envisagée» par les forces spéciales russes. Trois complices, d’origine tchétchène, auraient déjà été identifiés par les enquêteurs et seraient soupçonnés d’avoir conduit une femme kamikaze tchétchène à l’aéroport hier après-midi, contredisant ainsi l’hypothèse d’un «homme d’apparence arabe», évoqué par les enquêteurs, qui aurait déclenché une bombe contenue dans une valise, et dont la tête a été retrouvée dans les décombres du hall.

Le canal habituel de communication des rebelles caucasiens, le site kavkazcenter.com, ne revendiquait pas l’attentat, mais les commentaires des lecteurs étaient sans équivoque: «Vladimir Poutine a promis en vain la sécurité aux Russes depuis onze ans, ceux-ci payent désormais pour sa politique», écrit un certain Antizulm.

La Russie, qui accueillera en 2014 les Jeux olympiques d’hiver à Sotchi, tout près du Caucase du Nord, et qui a obtenu l’organisation de la Coupe du monde de football en 2018, devra désormais faire la preuve de sa capacité à sécuriser son propre territoire à l’occasion de ces immenses rassemblements internationaux.

La réplique sécuritaire des autorités russes pourrait donc être particulièrement forte, d’autant que l’attentat contre l’aéroport de Domodedovo intervient alors que le pays entame une longue année électorale, qui culminera par le scrutin présidentiel en mars 2012. La guérilla caucasienne avait promis, selon son leader autoproclamé, «l’émir du Caucase» Dokou Oumarov, de frapper la Russie «en son cœur», en touchant des cibles stratégiques dans l’ensemble du pays. Pour certains analystes, les échéances électorales pourraient susciter une vague d’attentats, afin d’affaiblir le président russe et son mentor, le premier ministre Vladimir Poutine, dont la candidature à l’élection présidentielle de 2012 est fortement envisagée.