Aki Yurt, l'un des camps de réfugiés tchétchènes situés en Ingouchie, pourrait être privé de gaz et d'électricité ce week-end. C'est ce qu'ont annoncé les autorités russes, qui prévoient par ailleurs de fermer tous les «bivouacs» de la petite république d'ici à la fin de l'année. «Le motif invoqué est que ces campements ne sont pas aux normes de sécurité, notamment en ce qui concerne la lutte contre le feu, et que les réfugiés seront donc mieux ailleurs», souligne Vira Soboleva, chargée des relations de presse du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) à Moscou.

Le Kremlin, en association avec les autorités ingouches, a dès lors proposé de nouveaux sites, mieux à même selon lui d'accueillir les quelque 20 000 Tchétchènes vivant dans des tentes en Ingouchie. Une équipe technique du HCR a été envoyée sur les différents emplacements pour faire un état des lieux. «Le problème est qu'il n'y a aucune infrastructure sur place, les travaux nécessaires à l'ouverture de nouveaux camps prendront des mois. Or l'hiver arrive et les réfugiés n'ont pas le temps d'attendre», déplore Jennifer Clark, porte-parole du HCR. Une quarantaine de familles ont ainsi décidé de rentrer en Tchétchénie cette semaine malgré la dangerosité du périple. La Russie évoque des retours volontaires, le HCR conteste, au motif que ces réfugiés n'ont pas d'autre alternative sur place.

Aki Yurt, un des camps les plus vieux du pays installé lors de la première guerre de Tchétchénie, héberge environ 1500 personnes. Ici comme dans les cinq autres campements d'Ingouchie, l'atmosphère est de plus en plus lourde. La présence militaire russe se fait oppressante, des garnisons entières s'installant autour des camps. Arrivés pour la plupart au lendemain de la prise d'otages dans un théâtre moscovite par un commando tchétchène, les soldats auraient commencé, selon des travailleurs humanitaires, à expulser des réfugiés.

Des délégués du HCR et du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU ont rencontré le ministre russe des Affaires étrangères et sont en discussion pour essayer de retarder la décision des autorités. Une température de – 5 degrés est attendue ce week-end dans la zone d'Aki Yurt.