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L’homme d’affaires russe Viktor Vekselberg a investi massivement dans des groupes industriels suisses, tels Sulzer et Oerlikon. 
© SERGEI KARPUKHIN / Reuters

Sanctions

La Russie plus vulnérable que jamais

Paradoxalement, c’est l’ouverture croissante de la Russie qui l’expose le plus aux sanctions américaines. La Suisse en subit les dommages collatéraux. Mais devrait éviter la contagion, selon le gestionnaire de fonds Anton Khmelnitski

Début avril, le Trésor américain annonçait des sanctions visant notamment les sociétés détenues par Oleg Deripaska, un oligarque proche du Kremlin. La semaine suivante, le géant de l’aluminium Rusal sortait du marché, incapable d’accéder au dollar et d’honorer ses dettes.

Un «tir parfaitement ciblé», selon Anton Khmelnitski, patron suisse d’Elbrus Capital, un fonds de placement en actions russes disposant de 30 millions de dollars sous gestion. Commanditaire de cette exécution en règle? Washington, qui réalise un coup de force en ciblant pour la première fois des dirigeants d’entreprise pour leur proximité avec le pouvoir et des groupes cotés en bourse. Cette semaine-là, le rouble perdait près de 10% face au dollar, et l’indice RTS de la bourse moscovite abandonnait 9,58%.

La Russie plus ouverte que jamais

Pour Anton Khmelnitski, le message clé est le suivant: «Deripaska et ses entreprises peuvent être mis à genoux en l’espace de quelques jours, cela peut aussi arriver aux autres oligarques.» Une vulnérabilité paradoxale, selon cet Helvético-Russe, dont la maison d’investissement est établie à Kiev (Ukraine). Alors que la Russie semble s’isoler de plus en plus dans la société internationale, elle est plus intégrée que jamais dans le système financier.

Fin février, juste avant la réélection de Vladimir Poutine, l’agence S&P avait justement relevé la notation de la dette souveraine, à court et long terme, de «BB+/B», crédit indésirable (junk), à «BBB-/A-3», soit le premier niveau de qualité pour les investisseurs (investment grade).

«C’est l’ouverture croissante de la Russie qui l’a mise dans cette position délicate, analyse Anton Khmelnitski. Ses sociétés sont les plus exposées à la demande de matières premières et le marché russe est l’un des meilleurs proxies (témoins, ndlr) de la croissance mondiale.» Illustration de cette interconnectivité: le calvaire vécu par trois groupes industriels suisses – Sulzer, Schmolz + Bickenbach et Oerlikon – lors de la première journée boursière suivant les sanctions américaines. Leur point commun? Le capital investi par l’homme d’affaires Viktor Vekselberg.

La Suisse et les oligarques

Pour éviter de voir la panique continuer de se propager, les directions des différents groupes ont multiplié les communiqués pour calmer les investisseurs. Chez Sulzer, dont l’action a perdu jusqu’à 25% par rapport à son plus haut niveau en avril, les parts de l’oligarque ont dû être ramenées à toute vitesse au-dessous de 50% afin «d’exfiltrer» le groupe de ce remake de guerre froide que se livrent Russie et Etats-Unis. L’entreprise appartient aux «dommages collatéraux», a déclaré Greg Poux-Guillaume, président de la direction.

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Alors faut-il craindre que l’économie helvétique devienne, elle aussi, une victime collatérale du conflit? Tandis que le commerce avec la Russie ne cesse de baisser depuis 2014, la Suisse accueille de plus en plus d’investissements directs venant de ce pays: de 12,9 milliards de dollars en 2013 à 20,2 milliards, selon le dernier pointage de la banque centrale de la Fédération de Russie, datant d’avril 2017. Les pressions américaines sont d’ailleurs allées crescendo pour pousser les banques à refuser les dépôts russes.

Anton Khmelnitski ne croit toutefois pas à une contagion. «Sulzer reste un cas exceptionnel. Les sanctions américaines ont toujours été ciblées.» Et même si le négociant zougois Glencore s’est vu privé d’un de ses fournisseurs d’aluminium et a dû lâcher les 8,75% de parts de Rusal qu’il détenait, «le groupe est suffisamment global et diversifié pour ne pas être gêné outre mesure dans ses activités».

Les sanctions ne visent pas les références

Le marché aurait aussi corrigé, en partie, cette ouverture vers la Russie. Pour Manuel Oliveri, analyste chez Crédit Agricole, le blocage des comptes américains et des opérations en dollars a provoqué un plus grand besoin de liquidités chez les Russes. Leurs rapatriements d’avoirs, à la suite des sanctions, auraient contribué à faire tomber le franc à des niveaux jamais atteints depuis 2015.

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Mais, pour Anton Khmelnitski, l’impact sur l’économie suisse ne sera pas plus direct. «La plupart des sociétés sanctionnées sont inconnues des investisseurs et ne sont pas représentées dans les sociétés boursières.» En+, GAZ, EuroSibEbenergo: aucune de ces sociétés ne fait partie de l’indice boursier de référence MSCI Russia. Ni même Rusal, qui désespérait d’y être inclus avant les sanctions.

Il n’y a aucune chance que les Etats-Unis se mettent directement à frapper le pétrolier Rosneft.

Anton Khmelnitski, patron suisse d’Elbrus Capital

Ce cas est différent, pour Anton Khmelnitski. Le premier producteur d’aluminium du monde exportait un peu moins de 20% de son aluminium vers les Etats-Unis. «Je ne peux m’empêcher de voir un lien entre les sanctions et la récente hausse des taxes à l’importation de cette matière. La volonté d’éliminer un concurrent direct de l’industrie américaine a probablement joué un rôle.»

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Ce qui n’en demeure pas moins inquiétant, surtout au vu de la nouvelle batterie de sanctions qui se prépare pour «un futur proche» du côté de Washington. Une extension des sanctions viserait les entreprises qui ont pu avoir un rôle de quelque manière que ce soit dans la production d’armes chimiques en Syrie, veut croire le gestionnaire de fonds. «Il n’y a aucune chance que les Etats-Unis se mettent directement à frapper le pétrolier Rosneft. Le baril pourrait monter à 150 dollars. Cette déstabilisation serait catastrophique pour toute l’économie mondiale, personne ne veut cela.»

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