L’ambassadeur russe, Vitaly Tchourkine, a opposé son veto à un projet de résolution proposé par les Occidentaux et visant à prolonger de 15 jours le mandat de la Mission d’observation de l’ONU en Géorgie (Monug), le temps que les puissances saisies du dossier géorgien trouvent un compromis tenant compte des nouvelles réalités sur le terrain consécutives au conflit russo-géorgien d’août 2008.

Il a expliqué que Moscou rejetait comme «inacceptable» une référence, figurant dans le texte occidental, à la souveraineté de la Géorgie sur l’Abkhazie où la mission est déployée.

Depuis le conflit d’août, Moscou a reconnu l’indépendance unilatéralement déclarée de l’Abkhazie et d’un autre territoire séparatiste géorgien, l’Ossétie du Sud. Pour prolonger la mission, la Russie exigeait donc un changement de son nom, de sorte qu’il ne comporte plus le «g» de Géorgie, et l’abandon de toute référence à la souveraineté de la Géorgie sur l’Abkhazie.

En conséquence du veto russe, la résolution, qui a aussi recueilli 10 voix favorables et quatre abstentions, a été rejetée et l’activité de la Monug cessera à minuit, heure de New York (04h00 GMT mardi). Les pays abstentionnistes sont la Chine, la Libye, l’Ouganda et le Vietnam.

Créée en août 1993, la Monug était chargée essentiellement de superviser un cessez-le-feu instauré entre les séparatistes abkhazes et les forces gouvernementales géorgiennes.

Dans son explication de vote, M. Tchourkine a affirmé que l’actuel mandat de la Monug avait «cessé de facto d’exister» l’été dernier lors de «l’agression géorgienne contre l’Ossétie du Sud».

La Russie, qui était intervenue militairement aux côtés des Ossètes lorsque l’armée géorgienne avait tenté de reprendre contrôle du territoire en août dernier, a toujours accusé le régime de Mikheïl Saakachvili d’être responsable des événements.

A l’époque, a dit M. Tchourkine, «le régime géorgien a lui-même mis fin à sa propre intégrité territoriale. Depuis, deux nouveaux Etats ont émergé sur la carte du monde».

Il a accusé ses homologues occidentaux d’avoir «tenté de poursuivre des chimères politiques» en insistant sur «des réalités anciennes, de vieux termes et de vieilles terminologies».

La Russie avait fait circuler au Conseil un contre-projet de résolution proposant de changer le nom de la Monug en Missnu (Mission de stabilisation des Nations unies), sans référence au lieu géographique de son déploiement.

Le projet russe proposait également, sur la base de recommandations faites en mai par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, un nouveau système de sécurité collective en Abkhazie, prévoyant notamment des «zones de sécurité» totalement démilitarisées de 12 km de part et d’autre de la ligne de cessez-le-feu entre la Géorgie et les séparatistes abkhazes.

Mais l’abandon de la référence à l’intégrité territoriale de la Géorgie et le changement du nom de la Monug, qui reviendraient à reconnaître l’indépendance de l’Abkhazie, constituaient «une ligne rouge» que les Occidentaux ne pouvaient franchir, selon des diplomates.

Les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont déploré l’issue du vote et réaffirmé leur attachement à l’intégrité territoriale de la Géorgie et à sa souveraineté sur l’Abkhazie.