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Le Kremlin veut profiter du refroidissement diplomatique avec l’Occident pour rappeler ses étudiants au bercail afin qu'ils y intègrent les meilleures universités russes.
© MAXIM SHEMETOV/Reuters

émigration

La Russie rappelle ses étudiants au bercail

Le Kremlin veut profiter du refroidissement diplomatique avec l’Occident pour mettre fin à la fuite des cerveaux

Moscou appelle ses étudiants à quitter immédiatement les universités britanniques (et occidentales en général) pour échapper à la «russophobie» et intégrer les meilleures universités russes… ou trouver du travail dans l’Extrême-Orient russe. L’appel a été lancé mercredi par RosSotroudnitchesvo («Coopération russe»), une organisation d’Etat chargée de développer les liens culturels internationaux, avec l’appui du MGIMO, l’école russe de formation des diplomates, considérée comme la plus élitiste du pays.

Les initiateurs de ce projet affirment qu’un grand nombre d’étudiants russes à l’étranger («dans des pays hostiles») souhaitent rentrer en Russie «pour des raisons politiques». «La question urgente est d’assurer la sécurité de nos jeunes gens, qui peuvent devenir la cible de provocations», estime Oksana Bouriak, l’une des auteures du projet. Le MGIMO promet de recueillir dans ses cursus une partie des étudiants rapatriés.

Le projet a été baptisé «Highly Likely Welcome Back», puis en russe «Il est temps de rentrer au bercail», une allusion moqueuse au «highly likely» («hautement vraisemblable») employé par Theresa May à propos de la responsabilité russe dans l’empoisonnement le mois dernier de l’espion transfuge Sergueï Skripal au moyen de la substance Novitchok développée par les militaires soviétiques. L’affaire a fortement dégradé les relations russo-britanniques et conduit à une série d’expulsions de diplomates.

Etablissements russes sous-estimés

Cette initiative n’est pas la première du genre. Le pays connaît depuis 1991 une vague d’émigration, qui s’est accentuée en 2014 lorsque l’annexion de la Crimée a conduit à une crise économique et à un durcissement politique en Russie. Mais aucune des tentatives gouvernementales précédentes pour inverser la tendance et repeupler l’Extrême-Orient russe n’a été couronnée de succès.

Le MGIMO utilise son renom, construit au cours de plusieurs décennies, pour tenter de séduire les jeunes Russes étudiant dans des universités prestigieuses britanniques. Mais il a perdu de sa superbe ces dernières années à force de favoriser l’inscription des étudiants les plus riches. L’établissement occupe la 373e place dans le classement mondial des universités QS, tandis que la meilleure université russe (le MGU) n’obtient que la 95e place.

«Nous surestimons souvent les universités étrangères, et, à l’inverse, nous sous-estimons le niveau de préparation des établissements russes», a pourtant estimé le doyen du département de gestion et de politique du MGIMO, Henri Sardanian, lors de la présentation du projet Highly Likely Welcome Back.

Emprunt difficilement remboursable 

Difficile, au lendemain de l’annonce, d’estimer la portée de cet appel, qui semble, au moins en partie, destiné à faire vibrer la fibre patriotique du public russe à travers les médias proches du Kremlin. Mais le succès est «highly unlikely» («hautement invraisemblable»), si l’on en croit les réactions émises sur les réseaux sociaux russes, des réactions de nature essentiellement satirique et doutant de la sincérité du projet.

L’appel aux compatriotes à l’étranger a immanquablement réveillé des souvenirs mitigés. Le sociologue Vladimir Guelman raille «la substitution d’Oxford par la Kolyma», cette région d’Extrême-Orient qui a compté les pires goulags. En 1945, Staline avait appelé ses compatriotes déplacés par la Seconde Guerre mondiale à revenir en URSS. Ceux qui étaient revenus avaient quasiment tous atterri au goulag. Plus prosaïque, Andreï Filatov, en master à l’Université de Birmingham, note: «Ce n’est pas avec un salaire de 40 000 roubles [637 francs] à Khabarovsk que je vais pouvoir rembourser les 25 000 livres [34 460 francs] que j’ai empruntées pour financer mes études.»

«C’est là l’illustration de la double morale des élites politiques, note Olga Voronina, philosophe et sociologue. Elles peuvent rappeler les diplomates et adopter une posture ultra-patriotique, tout en envoyant leurs enfants étudier à l’étranger où leurs familles sont déjà confortablement installées.» Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

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