Interrogé sur une éventuelle aide étrangère, le président Vladimir Poutine avait tout d'abord répondu: «Nos spécialistes disent que nous disposons de tout le nécessaire.» C'était il y a deux jours. Mercredi soir, après un entretien téléphonique avec Bill Clinton, le maître du Kremlin a «donné l'ordre au commandant en chef de la marine d'accepter l'aide, d'où qu'elle vienne». La vie des 118 captifs du Koursk vaut bien un déjugement présidentiel. Après avoir tenté, visiblement par tous les moyens à leur disposition, de sauver leurs matelots, les Russes se sont finalement résolus à demander à Londres et Oslo de leur venir en aide. La Norvège et la Grande-Bretagne, deux Etats membres de l'Alliance atlantique, ont ainsi mobilisé d'importants moyens logistiques et humains pour participer aux opérations de sauvetage en mer de Barents, tandis qu'une délégation de l'armée russe conduite par le vice-chef d'état-major de la marine, Alexandre Poboji, se rend ce jeudi au siège de l'OTAN à Bruxelles.

Un avion-cargo Antonov affrété par la Russie s'est posé mercredi après-midi à Trondheim (ouest de la Norvège), avec un submersible de poche britannique de type LR5 dans sa soute et un engin commandé à distance, le Scorpio, qui peut effectuer des reconnaissances sous-marines et enlever d'éventuels obstacles. Tom Heron, le pilote britannique du mini-sous-marin, a indiqué à l'AFP que son embarcation est la seule au monde capable de s'arrimer à un bâtiment incliné à 60 degrés dans de forts courants de fond, comme c'est le cas pour le Koursk. Mais elle ne devrait atteindre la zone où gît le sous-marin à l'agonie que samedi soir au plus tôt, a annoncé le Ministère britannique de la défense. Parallèlement, la marine russe a demandé à son homologue norvégienne l'envoi de plongeurs de grands fonds. Trois avions-cargos C130 Hercules de la Royal Air Force britannique en provenance de la base militaire de Prestwick, près de Glasgow, ont également atterri mercredi soir à Trondheim – chargés de matériel médical et de chambres de décompression.

Quelles réserves d'oxygène?

Tandis que se met en place cette opération de la dernière chance, la polémique sur son utilité ne cesse de croître. Dans un entretien au quotidien Le Monde, Alexandre Nikitine, ancien officier russe de la flotte du Nord, juge qu'une assistance étrangère au Koursk ne serait pas d'un grand secours, car inadaptée. «Des moyens de sauvetage internationaux ne peuvent aider un sous-marin, parce que les équipements doivent être adaptés. Le bâtiment est construit selon des standards particuliers, nationaux.»

Dans la zone du drame, les sauveteurs ont poursuivi en vain leurs tentatives de secours, au cinquième jour du naufrage. Mais les courants du fond et la mer démontée en surface ont jusqu'ici contrarié les manœuvres visant à poser une «cloche» face au sas de sortie sur la coque du submersible.

Les matelots du Koursk ne donnent plus signe de vie. «Il ne faut pas en conclure pour l'instant que le pire est arrivé», a dit le vice-premier ministre Ilia Klebanov, estimant que le silence du sous-marin pouvait peut-être s'expliquer par l'affaiblissement physique des hommes d'équipage causé par la diminution de l'oxygène à bord. Echoués depuis samedi par 108 mètres de fond, les 118 marins disposent théoriquement de réserves d'oxygène jusqu'au 25 août, selon Vladimir Kouroeïdov, l'amiral commandant la marine de guerre de Moscou. Citée par l'agence Interfax, une source anonyme de la flotte du Nord a affirmé que les coups frappés contre la coque par les marins étaient devenus de plus en plus «faibles et sporadiques», avant de cesser. «Cela nous conduit à redouter le pire.» Jusqu'à quand les naufragés pourraient-ils tenir? «La norme de survie OTAN pour un sous-marin en détresse est de sept jours (…). Les normes russes ne doivent pas être très différentes», explique à l'AFP le capitaine de vaisseau Jean Tandonnet, chef des opérations à l'état-major de la force océanique stratégique française.

Enfin, les inquiétudes demeurent quant à un risque de pollution radioactive de l'océan Arctique. Si le Minatom, le Ministère russe à l'énergie atomique, répète que le réacteur nucléaire du Koursk – enveloppé d'une gangue extrêmement solide – ne présente aucun danger de contamination «durant des centaines d'années», un expert est venu tempérer cet optimisme. D'après Alexeï Iablokov, scientifique et ancien président de la commission à l'écologie du Conseil de sécurité russe, «arrêter le réacteur n'est pas suffisant. S'il n'est pas refroidi il peut y avoir des problèmes, jusqu'à l'explosion.»