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Vladimir Poutine a donné le ton avec une narration des événements point par point contraire à la version occidentale.
© Alexei Druzhinin / Sputnik / Kremlin Pool Photo via AP

Syrie

La Russie se limite aux représailles verbales

Le Kremlin dénigre les frappes des Etats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne contre Damas. Mais il se dit prêt à l’escalade, par des contre-sanctions et la livraison d’armes plus perfectionnées au régime de Bachar el-Assad

Ce n’était pas un signe de faiblesse, mais du dédain. Moscou a passivement regardé les missiles occidentaux s’abattre samedi sur la Syrie, après avoir pourtant promis de contrer militairement toute «agression occidentale» contre son allié Bachar el-Assad. N’ayant pas voulu – ou pas pu – intervenir, la Russie a cependant répliqué tout le week-end aux niveaux médiatique et diplomatique, signalant, comme à chaque incident, qu’elle était prête pour une escalade.

Poutine s’est contenté d’une déclaration très dure. Mais cela n’ira pas plus loin

Vladimir Frolov, expert en relations internationales 

Dès la matinée de samedi, Vladimir Poutine donnait le ton avec une narration des événements point par point contraire à la version occidentale. Pour le président russe, il n’y a pas eu d’attaque chimique sur Douma et les Occidentaux aident les terroristes contre le pouvoir légitime de son allié Bachar el-Assad. «Poutine s’est contenté d’une déclaration très dure. Mais cela n’ira pas plus loin», car les capacités militaires russes ne permettaient pas de faire face aux salves de missiles occidentaux, estime l’expert en relations internationales Vladimir Frolov. Pour ne pas perdre la face, Moscou a présenté l’attaque «comme n’étant pas digne d’une réponse russe, encore moins de représailles», décrypte Vladimir Frolov.

Chauffer l’opinion publique à blanc

Les chaînes de télévision fédérales russes ont cherché à chauffer l’opinion publique à blanc: la grille des programmes a été bouleversée samedi pour une couverture spéciale de la Syrie avec notamment des talk-shows. Rien de tel n’est organisé lorsqu’une catastrophe se produit en Russie, comme l’incendie qui a tué des dizaines d’enfants il y a deux semaines en Sibérie.

«L’agression occidentale» y a été présentée comme «visant cyniquement un changement de régime» à Damas, où le bombardement chimique n’était qu’un prétexte. Ce dernier n’est qu’une «fausse information», ont répété les commentateurs, reprenant les déclarations d’un porte-parole de l’armée et du ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Ils disent disposer de «preuves irréfutables de la participation directe de la Grande-Bretagne» à la «mise en scène» de l’attaque chimique du 7 avril à Douma. «Nous savons que, du 3 au 6 avril, de fortes pressions ont été exercées sur [l’ONG syrienne des] Casques blancs depuis Londres», a affirmé le général russe Igor Konachenkov.

L'attaque occidentale présentée comme inefficace

Quant à l’attaque occidentale, elle a été présentée comme inefficace, puisque «71 des 103 missiles ont été abattus» par une défense anti-aérienne syrienne ne disposant que de vieux équipements soviétiques, à l’exception du système russe à courte portée Pantsir-1. Curieusement, l’armée russe dit n’avoir «pas remarqué la présence d’avions français durant l’attaque». Soit pour dénigrer l’armée française, soit pour ménager Emmanuel Macron, qui n’a pas annulé sa visite officielle en Russie le mois prochain.

La diplomatie russe s’est activée durant tout le week-end, notamment samedi à travers une résolution russe (rejetée) au Conseil de sécurité de l’ONU exigeant l’arrêt immédiat de l’usage de la force contre Damas. La «diplomatie parallèle» orthodoxe s’est aussi mise en branle. Le patriarche de l’Eglise de Moscou, qui ne refuse jamais un service au Kremlin, a appelé le pape François samedi pour discuter de la Syrie pendant 15 minutes. Il a ensuite précisé aux journalistes n’avoir «aucun objectif politique».

Nouvelles «contre-sanctions»

Anticipant les frappes contre Damas, les parlementaires ont dès vendredi annoncé la préparation de nouvelles «contre-sanctions» contre «les Etats-Unis et leurs alliés en Syrie», qui ne sont pas nommés. Le projet de loi, qui doit passer dès lundi en première lecture devant la Chambre basse du parlement, prévoit une interdiction des importations de médicaments, d’alcool, de tabac et d’aliments venant des trois pays alliés. Il est aussi question de mettre fin à la coopération nucléaire et aéronautique, d’interdire des agences de cotation américaines et d’annuler la protection de la propriété intellectuelle. La copie illégale de musique, films, programmes et même équipements industriels pourrait ainsi fleurir de nouveau en Russie.

Des représailles militaires asymétriques sont également évoquées par Moscou. Vladimir Ermakov, diplomate russe responsable du contrôle des armes, a insinué dimanche durant une conférence à Moscou qu’il n’y aurait à l’avenir plus d’accords de désarmement avec les Etats-Unis, tout en en rejetant la responsabilité sur Washington. Et le colonel-général Sergueï Roudksoï a indiqué que Moscou envisageait désormais de fournir le système antimissile S-300 à la Syrie, ce qui compliquerait fortement une future attaque aérienne occidentale ou israélienne contre Damas. Les experts en armement signalent que la livraison et la formation des militaires syriens au système S-300 prendront au bas mot plusieurs mois avant que celui-ci soit opérationnel. Les représailles sur le théâtre des combats pourraient être plus immédiates. Moscou pourrait accéder à la demande de Damas d’accélérer les offensives sur les cinq dernières poches de résistance de l’opposition.

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