Le sous-marin nucléaire russe Koursk, un des bâtiments les plus récents de la marine de guerre de Moscou, est en perdition par 100 mètres de fond en mer de Barents, dans les eaux internationales, entre la péninsule de Kola et le nord de la Norvège. Le bâtiment est vraisemblablement entré en collision avec un submersible étranger, a déclaré une source à l'état-major de la marine russe citée par Itar-Tass, donnant à l'affaire des airs de remake de la guerre froide.

Dans la superproduction hollywoodienne A la Poursuite d'«Octobre Rouge», le capitaine de vaisseau incarné par Sean Connery parvient à se sortir en beauté des pires situations. Mais le commandant de bord du Koursk n'a pas bénéficié du même invraisemblable scénario. L'incident serait survenu dimanche matin, à l'est de la base russe de Severomorsk située non loin de la frontière norvégienne. Participant à des manœuvres navales, le sous-marin a brutalement cessé tout contact radio, et plusieurs heures ont été nécessaires pour le localiser. Selon la télévision indépendante russe NTV, une voie d'eau se serait déclarée à l'avant, inondant plusieurs compartiments du submersible et le contraignant à se poser au fond, réacteurs éteints. Selon l'hypothèse avancée par la chaîne, la voie d'eau se serait déclarée au niveau des lanceurs de torpilles. Le submersible serait couché sur le flanc et l'équipage réfugié en poupe.

Tragique, le commandant en chef de la marine russe, l'amiral Vladimir Kouroïedov, estimait lundi soir que les chances d'un sauvetage de l'embarcation et de l'équipage (près de 130 marins dont une cinquantaine d'officiers) sont «faibles», bien que la liaison radio soit maintenue entre le sous-marin en perdition et trois autres sous-marins et quatre navires dépêchés dans la zone. Un responsable du commandement de la flotte du Nord a déclaré à l'agence de presse russe Interfax que le submersible avait subi des dommages à la proue et au château, et qu'il n'était «pas exclu» qu'il y ait déjà des victimes parmi l'équipage.

Les armements embarqués ne comportent pas d'ogives nucléaires – le Koursk peut embarquer jusqu'à 24 missiles de croisière –, les deux réacteurs atomiques de propulsion sont arrêtés et «sous contrôle», et le niveau de radioactivité dans la zone est normal, assure la hiérarchie militaire russe. Oslo, qui suit depuis plusieurs années avec inquiétude la décrépitude des sous-marins russes de la flotte du Nord basée à Mourmansk, indique également n'avoir pas relevé jusqu'ici d'augmentation du taux de radioactivité. L'organisation écologiste norvégienne Bellona, spécialisée dans la collecte d'informations sur la flotte nucléaire russe de la région, a toutefois fait part de son inquiétude.

Les médias russes spéculaient lundi soir sur les chances de survie de l'équipage. Selon la télévision NTV, l'arrêt des réacteurs signifiait qu'il n'y avait plus d'électricité à bord, ce qui menacerait les systèmes vitaux, notamment l'alimentation en oxygène. Un expert interrogé sur la chaîne ORT, indiquait cependant que des systèmes de secours existaient à bord de ce submersible mis en service en 1995, l'un des plus performants de la flotte. Dans le pire des cas, les marins pourraient éventuellement tenter de remonter à la surface à la nage en s'extirpant du submersible par les tubes de lancement des torpilles, même s'ils ont peu de chances d'y parvenir vivants. «C'est évidemment extrêmement risqué, mais tous les hommes sont entraînés à ce genre de situation», explique Vladimir Gundarov, spécialiste des sous-marins à Krasnaïa Zvezda («Etoile Rouge»), le quotidien de l'armée russe.

L'ancien officier de la flotte du Nord Alexandre Nikitine, qui vient d'être blanchi par la justice russe de l'accusation de «haute trahison» pour sa collaboration avec Bellona, s'est montré pessimiste quant aux chances d'un sauvetage, sur le site Internet de l'organisation écologiste. Le Koursk fait partie de la classe de sous-marins Oscar-II (selon la classification de l'OTAN), dotés d'une autonomie de cent vingt jours en plongée à une profondeur maximale de 500 mètres. Toujours selon Nikitine, ils ne sont pas dotés de capsules de sauvetage de l'équipage. La marine russe exploite 76 sous-marins nucléaires, un nombre divisé par trois depuis la fin de l'URSS, alors que les sommes allouées à leur entretien n'atteignaient que 10% des budgets nécessaires, a récemment indiqué l'état-major.

L'avarie du Koursk est la première de cette gravité connue depuis le naufrage en 1989 du sous-marin soviétique Komsomolets au large de la Norvège, qui avait fait 42 morts.