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La Russie s'est dit prête samedi à discuter avec les Etats-Unis d'un retrait de la totalité des rebelles syriens de la partie est d'Alep. Les insurgés refusent toutefois de déposer les armes, bien que les forces loyalistes continuent de gagner du terrain.

Les factions rebelles «disent: 'nous ne nous rendrons pas'», a déclaré Zakaria Malahifdji, chef du bureau politique du groupe Fastakim basé à Alep. «Les commandants militaires à Alep ont dit: 'nous ne quitterons pas la ville. Il n'y a pas de problème pour des couloirs permettant aux civils de partir, mais nous ne quitterons pas la ville», a-t-il ajouté. M. Malahifjdi a accusé Moscou de revenir sur les points arrêtés lors de discussions en Turquie qui auraient débouché sur un arrêt des combats. La Russie a reconnu qu'il y avait des contacts avec les rebelles, mais n'a pas donné de précisions sur les discussions qui ont lieu en Turquie.

L'émissaire des Nations unies Staffan de Mistura a laissé entendre qu'Alep-Est pourrait tomber aux mains du gouvernement d'ici la fin de l'année. Lors d'une conférence à Rome, il a dit espérer qu'un «genre de formule» soit trouvé pour éviter «une terrible bataille qui se terminerait à Noël ou au Nouvel An». Le diplomate a appelé à «l'influence de la Russie ou de l'Iran» pour convaincre Bachar al-Assad «d'ouvrir une vraie négociation». Le président syrien ne doit surtout pas croire qu'il n'a plus besoin de négocier, car une victoire du régime se dessine à Alep, a-t-il dit.

L'avancée se poursuit

Les forces gouvernementales ont encore gagné du terrain ces dernières heures à Alep. Elles tiennent désormais 60% des quartiers qui étaient aux mains des insurgés, a rapporté samedi l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Le dernier secteur à tomber sous sa coupe, Tariq al-Bab, a été pris dans la nuit de vendredi à samedi à l'issue de violents combats, a ajouté l'ONG basée en Grande-Bretagne. Les forces prorégime s'assurent ainsi le contrôle d'une route reliant les quartiers ouest de la ville à l'aéroport international d'Alep, deux zones sous leur contrôle.

Des combats intenses ont également lieu dans le secteur d'Aziza où les rebelles tentent de repousser l'avancée des forces du régime. Dans le quartier d'Al Chaer d'Alep-Est, un raid aérien a fait au moins trois morts, ajoute l'OSDH. La défense civile d'Alep-Est fait quant à elle état de six tués et ajoute qu'un groupe de déplacés a été pris pour cible. L'armée syrienne nie s'en prendre à des civils.

Les rebelles en position de faiblesse

La Russie, dont l'intervention de l'armée de l'air en Syrie il y a quinze mois a constitué un tournant dans la guerre qui dure depuis 2011, a évoqué une «normalisation de la vie» à Alep-Est après le retrait de tous les rebelles. «Nous sommes immédiatement prêts à envoyer des experts militaires, des diplomates, à Genève dans le but de nous mettre d'accord avec nos collègues américains sur des actions mutuelles pour assurer le retrait de tous les rebelles sans exception d'Alep-Est», a déclaré le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov à Rome. Les Etats-Unis n'ont pas réagi dans l'immédiat.

En position de faiblesse, les rebelles ont accepté de discuter avec des émissaires russes. Il y aurait eu un accord sur le départ de tous les djihadistes d'Alep, mais, pour Zakaria Malahifdji, les propos de M. Lavrov ont «tout annulé» et les réunions en Turquie sont «pratiquement à l'arrêt». La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, s'est elle dite «convaincue» que la chute d'Alep ne mettrait pas fin à la guerre. Elle a exhorté Bachar al-Assad à négocier pour assurer un avenir viable à son pays.

Le régime ne reprend pas seulement du terrain à Alep. Il a aussi pris le contrôle ces dernières semaines de plusieurs localités autour de Damas, à l'issue d'accords passés avec les insurgés, prévoyant une évacuation sécurisée des rebelles assiégés. Ces évacuations ont été critiquées par des ONG et l'ONU qui voit une stratégie d'évacuation «forcée».