Quarante-huit heures après l’accident de l’avion présidentiel polonais, la thèse de l’erreur de pilotage semble plus que jamais privilégiée par les enquêteurs russes. Dimanche, les enregistrements de l’une des deux boîtes noires retrouvées la veille sur les lieux du crash semblaient indiquer que le pilote militaire n’avait pas respecté les consignes des contrôleurs aériens.

«L’enregistrement confirme qu’il n’y a pas eu de problèmes techniques avec l’avion», un Tupolev 154-M de fabrication soviétique, a indiqué Alexandre Bastrykine, responsable de la commission d’enquête sur l’accident, lors d’une rencontre avec le premier ministre Vladimir Poutine. Désormais, les enquêteurs s’attaquent à la seconde boîte noire, qui contient les données techniques du vol présidentiel. Samedi, quelques heures à peine après la catastrophe, un responsable militaire russe avait affirmé que le pilote de l’appareil avait refusé les propositions des contrôleurs aériens, qui l’incitaient à modifier son plan de vol et à dérouter l’avion vers Moscou ou Minsk, en Biélorussie, en raison du mauvais temps et du brouillard sur Smolensk. Selon les premiers éléments de l’enquête, le Tupolev aurait heurté la cime des arbres de la petite forêt adjacente à l’aéroport de Smolensk, dans laquelle l’appareil s’est disloqué.

Coopération entre Etats

Les autorités russes semblent déterminées à faire avancer les recherches de façon extrêmement rapide. Samedi, Vladimir Poutine évoquait une enquête «approfondie, mais qui devra fournir des résultats promptement». Mandatée par le président Dmitri Medvedev quelques heures après le crash, la commission d’investigation est dirigée par le premier ministre Poutine.

La partie russe semble également vouloir faire de la tragédie un exemple de bonne coopération russo-polonaise, alors que les relations bilatérales sont glaciales depuis des années – la Pologne étant perçue, en Russie, comme le fer de lance antirusse de l’Europe des Vingt-Sept. Ainsi, Moscou a immédiatement accepté la présence d’enquêteurs polonais sur le terrain aux côtés des inspecteurs russes. Les débris du Tupolev seront d’ailleurs laissés sur place jusqu’à mercredi, à la demande des équipes polonaises.

Dimanche, après identification de tous les corps des victimes, les dépouilles ont été transportées à Moscou, tandis que les proches se sont déplacés en nombre dans la capitale russe pour un dernier hommage. Seul le corps du président Kaczynski a été immédiatement amené à Varsovie.

Symbole ultime, Dmitri Medvedev, qui a adressé ses condoléances au nom du peuple russe dans un message diffusé samedi à la télévision polonaise, a décrété un jour de deuil national samedi en Russie à la mémoire des victimes. Le deuxième en deux semaines: le 30 mars, la Russie pleurait les victimes des attentats du métro moscovite.