Genève internationale

La Russie veut évincer le directeur surpayé de l’OIPC

La crise s’aggrave au sein de la petite Organisation internationale de protection civile, régie d’une main de fer par le russe Vladimir Kuvshinov. La Russie lui a retiré sa confiance et prône officiellement son retrait

Moscou ne veut plus de Vladimir Kuvshinov à la tête de l’Organisation internationale de protection civile (OIPC), basée à Genève. Accusé de se verser un salaire excessif (plus de 34 000 francs de revenus par mois), de népotisme parce qu’il a embauché son fils, d’opacité et de méthodes autoritaires, le secrétaire général russe de l’OIPC s’est vu signifier au début du mois qu’il n’a plus la confiance de son pays d’origine.

Ce désaveu est de poids, car la Russie et son puissant Ministère des situations d’urgence (Emercom) est l’un des plus gros contributeurs de l’organisation, dédiée principalement aux secours en cas de catastrophe dans les pays émergents.

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Dans une lettre adressée au Temps, l’ambassadeur russe auprès des organisations internationales, Gennady Gatilov, affirme que «la Fédération de Russie soutiendra toutes les actions pertinentes, y compris des actions urgentes, permettant d’assurer la transparence et la crédibilité de l’OIPC, et a déjà communiqué cela au Dr. Vladimir Kuvshinov».

La lettre précise que la Russie «a été informée de la situation au sein du Secrétariat de l’OIPC, y compris les problèmes mentionnés dans votre [premier] article». Celui-ci révélait le bras de fer qui oppose Vladimir Kuvshinov à plusieurs cadres de l’OIPC réclamant sa démission. L’ambassadeur russe dément en revanche que Moscou ait jamais soutenu son ressortissant, comme l’affirmait une source anonyme citée dans l’article, corrigé depuis.

La Suisse prend ses distances

Une autre source proche de l’organisation a précisé au Temps que le Ministère russe des affaires étrangères avait remis, début octobre, une note formelle à Vladimir Kuvshinov, lui signifiant qu’il n’avait plus la confiance de Moscou. «Kuvshinov n’a jamais vraiment été soutenu par la Russie, ajoute cet interlocuteur. La Russie est très sensible à sa réputation dans la Genève internationale et se montre très attentive aux agissements de ce type de personnage.»

Mais pour l’instant, selon cette source, le secrétaire général s’accroche. Il a été réélu pour un second mandat en mars et il faudrait une décision de l’assemblée générale et du conseil exécutif de l’OIPC pour le démettre. Contactés par Le Temps, l’OIPC et Vladimir Kuvshinov n’ont fait aucun commentaire sur les derniers développements de la crise.

La Suisse, qui n'est qu'observatrice au sein de l'organisation, a déjà pris ses distances il y a un an. «La contribution de l’aide humanitaire de la DDC [agence d'aide au développement, ndlr] a été stoppée en 2017; elle se montait alors à CHF 150'000.- par an», indique Pierre-Alain Eltschinger, porte-parole du Département fédéral des Affaires étrangères. 

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