Défense

La Russie dans le viseur du Sommet de l’OTAN

L’Alliance atlantique se réunit ces vendredi et samedi à Varsovie, en Pologne. Il s’agit du premier sommet organisé dans une capitale de l’ancien bloc soviétique. Les Etats membres vont tenter d’afficher leur unité face à la Russie

Le plus grand déploiement militaire depuis la fin de la guerre froide devrait être finalisé ces vendredi et samedi lors du sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) à Varsovie. A partir de 2017, la présence d’hommes et de matériel de guerre s’étendra sur le flan est du continent européen. Objectif: protéger le flanc est du continent européen et être prêt à répondre à toute menace venant de Russie.

L’OTAN tire ainsi les leçons de mars 2014 quand les forces russes ont envahi la péninsule ukrainienne de Crimée. Les alliés avaient manqué de prévoyance et de préparation et avaient assisté à l’annexion sans bouger. «Le sommet de Varsovie, une première dans un ancien pays satellite de la défunte Union soviétique, ira dans la même ligne que le précédent au pays de Galles, en 2014. Ce dernier avait donné le feu vert à la création d’une force d’intervention rapide», explique Douglas Lute, ambassadeur américain auprès de l’Alliance.

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En mai dernier, l’OTAN a inauguré un bouclier antimissiles en Roumanie pour se défendre des attaques de missiles balistiques tirés de l’extérieur de l’espace Euro-Atlantique. Un site identique est en construction en Pologne. Prochain acte: dès 2017, quatre bataillons d’environ 5000 hommes seront déployés dans les trois pays baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) et en Pologne. Selon l’OTAN, des avions militaires russes violent régulièrement leur espace aérien. A plusieurs reprises, ils ont frôlé l’accident.

«L’environnement sécuritaire s’est profondément modifié ces dernières années, explique Jacek Najder, ambassadeur polonais auprès de l’Alliance. Dès lors, nous avons l’obligation de renforcer notre présence à l’est.» Antoni Macierewozc, le ministre de la Défense et considéré comme un faucon au sein du gouvernement polonais, avait auparavant dénoncé «la volonté de Moscou de vouloir retourner à la période de la guerre froide, ce qui représente des risques pour la sécurité des pays voisins et pour la démocratie en Europe».

La Pologne, dont l’histoire est marquée de longues périodes d’hostilité avec Moscou, ne cache pas sa satisfaction d’accueillir à Varsovie ses alliés transatlantiques. Voisine de la Russie, elle ne cesse de plaider en faveur d’une installation des troupes et du stockage de matériel de guerre de façon permanente sur son territoire.

Autre fait marquant du sommet: le dîner ce vendredi soir des chefs d’Etat et de gouvernement des 28 pays membres de l’Alliance accueillera Julia Sipila et Stefan Lofven, premiers ministres respectivement de la Finlande et de la Suède. Au menu: un rapprochement stratégique. La question d’adhésion de ces deux pays limitrophes de la Russie n’est plus taboue même si Moscou a mis en garde contre toute activité de l’OTAN à ses portes.

La Russie et les menaces qu’elle représente à la sécurité et la stabilité de ses voisins domineront certes les conversations à Varsovie. Cependant, le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg n’exclut pas une relation de bon voisinage. «Il y a entre nous des désaccords profonds et persistants, a-t-il dit récemment lors d’un débat public à Bruxelles. Mais l’Alliance ne cherche pas la confrontation et ne représente pas une menace pour la Russie.»

Après l’annexion de la Crimée et la guerre dans l’est de l’Ukraine, les ponts entre Moscou et Bruxelles, siège de l’OTAN, sont coupés. Un dialogue a eu lieu en avril, sans déboucher sur un quelconque résultat. Jens Stoltenberg envisage toutefois une nouvelle rencontre avec des diplomates russes la semaine prochaine à Bruxelles. Un retour à des relations diplomatiques normales est toutefois exclu tant que Moscou continuera de violer le droit international.

Tous les Etats européens ne sont néanmoins pas complètement hostiles à Moscou. A la veille du sommet de Varsovie, la chancelière allemande Angela Merkel a justifié le renforcement militaire autour de la Russie. «Leurs agissements dans la crise ukrainienne ont profondément ébranlé nos alliés à l’Est», a-t-elle déclaré. Mais en même temps, elle a tendu la main à Moscou, affirmant que les mesures étaient défensives et non offensives. Et d’inviter une nouvelle fois le président russe Vladimir Poutine au dialogue. «Une sécurité durable en Europe ne peut être faite qu’avec la Russie et non sans elle», a-t-elle ajouté. Contrairement à certains dirigeants européens, plus particulière ceux d’Europe de l’est, Angela Merkel se range parmi ceux qui tentent de ne pas jeter de l’huile sur le feu.

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