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Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, et son homologue russe Sergei Lavrov. New York, 23 septembre 2016.
© Andrew Kelly/Reuters

Nouvelles frontières

Russie-Etats-Unis: vers la confrontation?

Après la suspension des négociations sur la Syrie, les deux puissances vont-elles s’affronter directement? Beaucoup le craignent

Voici quelques années déjà que, du point de vue du pouvoir russe, les Etats-Unis sont entrés dans une logique de confrontation: extension de l’Otan, sanctions (loi Magnitski, Ukraine) et financement d’ONG sur son territoire en serait la preuve.

De son côté, Washington dénonce depuis le retour au pouvoir de Vladimir Poutine une dérive autoritaire et une logique à l’œuvre en Russie datant du XIXe siècle avec l’affirmation d’une sphère d’influence sur l’ancien espace soviétique qui ne tiendrait pas compte des aspirations des peuples qui se sont libérés du joug du communisme à choisir leur modèle économique et politique.

Dialogue jusqu’ici maintenu

Malgré une lente dégradation de leurs relations, les deux pays ont jusqu’ici réussi à maintenir un dialogue plus fécond que certains faucons, dans les deux camps, voudraient le faire croire. L’accord sur le nucléaire iranien en fut une démonstration. D’une certaine façon, la nomination à la tête de l’ONU du Portugais Antonio Guterres, ex-premier ministre de l’un des pays les plus atlantistes qui soit, en est la dernière manifestation (qu’est-ce que Moscou a obtenu en retour pour lever son veto? mystère).

John Kerry, le Secrétaire d’État américain, répète que ses échanges avec son homologue russe, Sergei Lavrov, sont plus soutenus qu’avec aucun autre diplomate. Si Barack Obama peine à cacher son dédain pour Vladimir Poutine (tout comme Poutine affiche son ennui à la face d’Obama), les deux pays se parlent, s’opposent souvent, mais continuent de s’accorder parfois.

Obama et la guerre

Pour combien de temps? L’annonce de la suspension, lundi, par Washington de son dialogue avec Moscou pour imposer un cessez-le-feu en Syrie, a été interprétée comme un point de rupture. En accusant Damas et son allié russe de crimes de guerre à Alep-Est, les Etats-Unis semblent ouvrir la voie à de nouvelles mesures: vont-ils fournir des armes antiaériennes à l’opposition syrienne? Frapper directement les hélicoptères syriens qui larguent des bombes parfois chimiques comme l’a prouvé une enquête de l’ONU? Ou vont-ils faire pression à l’ONU pour voter de nouvelles sanctions visant Damas et certaines entreprises russes?

La crainte d’une escalade est justifiée. Après s’être opposés par des guerres de proxy – acteurs intermédiaires ayant leur propre logique – va-t-on bientôt voir un chasseur russe être abattu par un missile américain dans le ciel d’Alep? Moscou l’envisage, raison pour laquelle la Russie a déployé de nouvelles batteries antimissiles dans ses bases du nord-ouest de la Syrie. C’est pourtant peu probable.

Faillite morale

La priorité de l’administration Obama restera, jusqu’à son départ, la recherche d’une solution diplomatique, via l’ONU, à un conflit qui ne peut connaître de vainqueur militaire. Dès mardi, les coups de fil reprenaient entre Américains et Russes pour revenir à un cessez-le-feu. Elu pour sortir son pays des bourbiers afghans et irakiens (ce qu’il n’est pas vraiment parvenu à faire), Barack Obama ne va pas se lancer dans une guerre à trois mois de la fin de sa présidence. Car frapper les troupes syriennes (en le revendiquant, contrairement à la «bavure» de Deir-Ezzor) ou russes déclencherait un nouveau conflit aux implications bien plus vastes. Washington devrait donc se contenter, comme il l’a fait jusqu’ici, de piloter la coalition internationale visant à anéantir, en Syrie comme en Irak, l’organisation Etat islamique et le Front Al-Nusra.

Damas et Moscou en sont parfaitement conscients, ils restent en position de force. Ils le sont d’autant plus que l’opinion publique, partout dans le monde, y compris arabe, semble insensible au sort des milliers de civils syriens pris au piège dans les ruines d’Alep-Est promis à une destruction totale. Un silence qui est l’histoire d’une autre faillite, celle de la morale universelle.

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