Grande-Bretagne

Ruth Davidson, l'anti-Theresa May, sur le devant de la scène

Charismatique, réputée pour son humour et respectée même par ses rivaux, la cheffe des conservateurs écossais s'affirme comme l'opposée de Theresa May

Ruth Davidson, la cheffe des conservateurs écossais, a sauvé la mise à Theresa May avec une percée électorale historique en Ecosse. Sans la forte progression des Tories écossais, passés de un à treize sièges au parlement lors des législatives jeudi, la Première ministre britannique, qui a perdu sa majorité lors de ce scrutin, aurait sans doute été définitivement condamnée.

«Theresa May aurait déjà été éjectée de Downing Street», souligne le journaliste et écrivain écossais Allan Massie dans le Sunday Telegraph. Avec sa performance, Ruth Davidson a donné un deuxième coup de pouce à Mme May en mettant un sérieux coup de frein aux ambitions indépendantistes du SNP de la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon qui a perdu une vingtaine de sièges.

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Ce double exploit a rendu Ruth Davidson incontournable dans le paysage politique britannique aux côtés de trois autres femmes: Theresa May, Nicola Sturgeon et Arlene Foster, la cheffe du parti nord-irlandais DUP, devenu indispensable aux conservateurs s'ils veulent avoir une majorité à la Chambres des Communes.

A Londres, certains rêvent même désormais de voir l'ancienne journaliste de 38 ans «descendre» de son Ecosse natale pour prendre des responsabilités au niveau national et dynamiser un parti déboussolé depuis jeudi. Mais selon un proche cité par la presse britannique, «Ruth préfère rester en Ecosse, se marier et avoir un enfant», avec sa fiancée irlandaise Jen Wilson.

La forte personnalité, l'homosexualité revendiquée et le verbe percutant de Ruth Davidson, qui ne dédaigne pas un verre de vodka et pratique le kick-boxing, tranchent fortement avec la personnalité plus discrète de Theresa May. «Lorsque j'étais petite, les deux personnes les plus importantes du pays étaient la reine et (l'ancienne Premier ministre) Margaret Thatcher. J'ai grandi dans l'idée que tout était possible pour une femme», a déclaré la brune aux cheveux courts à l'AFP pendant la campagne en descendant d'un puissant 4x4.

Franc-parler et authenticité

Alors que plusieurs députés conservateurs ont regretté la campagne «catastrophique» et fade de Theresa May, les commentateurs ont encensé celle de sa collègue écossaise, ardente défenseure de l'unité du royaume. Ses plaidoyers vitaminés assénés avec force mais aussi beaucoup d'humour ont fait mouche auprès des électeurs dans une région qui a longtemps été un territoire maudit pour les conservateurs. «Elle a détoxifié le label tory au nord de la frontière (avec l'Angleterre) pour offrir au parti son meilleur score en Ecosse depuis 34 ans», écrit dimanche le Sunday Times en louant son franc-parler et son authenticité.

Confortée par son succès électoral, Ruth Davidson a aussitôt fait entendre sa voix pour demander des garanties à Theresa May sur le maintien des droits de la communauté LGBT dans la perspective d'un accord avec le parti ultra-conservateur DUP, farouchement opposé au mariage gay et à l'avortement. Elle cherche également à imposer un ton plus modéré sur le Brexit, sachant que l'Ecosse a voté à 62% pour rester dans l'Union européenne lors du référendum de 2016.

Pression sur Theresa May

«J'ai toujours dit que je préférais un Brexit ouvert à un Brexit fermé», a-t-elle répété samedi, prenant le contre-pied du Brexit «dur» promu par Theresa May. Le résultat des législatives de jeudi «offre l'opportunité de revoir ce qu'on espère réussir lorsque nous quitterons l'Union européenne et je veux faire partie de cette discussions», a-t-elle ajouté, volontaire comme jamais.

La pression restait maximale dimanche sur Theresa May, qualifiée de «cadavre ambulant» par George Osborne, ministre des Finances jusqu'en 2015, sur le plateau de la BBC. «la seule question est de savoir combien de temps elle va passer dans le couloir de la mort», a ajouté l'ex-ministre conservateur, alors que les discussions se poursuivent avec le DUP nord-irlandais pour arracher une majorité au Parlement.

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