Un grand nom pour une grande occasion. C'est peut-être Jim Roosevelt, le petit-fils du président Franklin Roosevelt, qui devra trancher ce samedi. La réunion du Parti démocrate, dont il sera l'un des coprésidents, est attendue comme une délivrance: elle pourrait mettre fin à la course à l'investiture démocrate, cette bataille entre Hillary Clinton et Barack Obama qui a presque pris des dimensions de tragi-comédie.

Trente hommes et femmes pour siéger dans une instance du Parti démocrate jusque-là pratiquement inconnue: «la Commission des règlements et du statut». Treize de ses membres soutiennent publiquement Hillary Clinton, huit sont en faveur de son rival et le reste (y compris Roosevelt) ne se sont pas prononcés. Mais tous doivent avoir à cœur de défendre l'intérêt suprême de leur parti. Et tous ont sans doute perdu le sommeil depuis des mois, voyant arriver le jour où ils devront mettre la main dans ce sac de nœuds.

Personne n'a osé y toucher jusqu'ici. Que faire des votes (et des électeurs) du Michigan et de la Floride? Les deux Etats s'étaient précipités en janvier pour aller voter parmi les premiers, caressant l'espoir que leur poids serait ainsi démultiplié dans le processus des primaires. Malgré les menaces du parti d'invalider le scrutin, les deux Etats avaient tenu tête. Ils ont organisé leur élection, même si les deux favoris n'y ont pas fait campagne et si le nom de Barack Obama ne figurait même pas sur les listes électorales.

«Vote populaire»

Résultat: une issue aux allures de scrutin stalinien dans le Michigan: 328 309 votes en faveur de Clinton, 0 vote pour Obama. Et en Floride, une avance considérable pour la candidate, de l'ordre de 20%.

Passé presque inaperçu à l'époque, cet épisode s'est transformé en dernière planche de salut pour la quasi-naufragée Hillary Clinton. Alors qu'elle avait accepté dans un premier temps la décision du parti, elle n'a cessé d'insister depuis lors pour que ces votes soient pris en compte. «Nous menons sur le plan du vote populaire», souligne-t-elle, en prenant bien soin toutefois de ne pas trop insister sur les détails du décompte qui l'amènent à cette conclusion. Dans le même Michigan, plus de 200000 électeurs avaient glissé dans les urnes un vote blanc. Pour l'équipe de Barack Obama, il ne fait pas de doute qu'il s'agit-là de sympathisants qui n'ont pu exprimer leur choix. Si les voix du Michigan doivent être comptées, il faut aussi inclure ces votants, insistent les proches du candidat.

«Quel que soit le compromis que nous trouverons, il avantagera la sénatrice Clinton. Mais nous sommes prêts à céder quelques délégués afin de régler cette histoire», expliquait cette semaine le chef de campagne de Barack Obama, David Plouffe. Au demeurant, quelle que soit la solution, elle ne devrait pas permettre à Hillary Clinton de rattraper son retard. C'est même pour elle une arme à double tranchant: une fois traduite en délégués, elle ne pourra plus mettre en avant sa prétendue «avance» en termes de vote populaire.

Rappel de 2000 avec... Bush

En attendant, la candidate n'a pas hésité à mettre de l'huile sur le feu de cette question, particulièrement sensible en Floride. Et pour cause: en l'an 2000, la vraisemblable victoire du démocrate Al Gore avait été ravie par une décision de la Cour suprême, qui avait donné l'avantage (et la présidence) à George Bush. «Vous avez durement appris ici ce qui se passe lorsque vos votes ne sont pas comptés et que le candidat qui a le moins de suffrages est proclamé vainqueur», lançait Hillary Clinton à ses supporters en Floride. Les 48 autres Etats, qui ont respecté le calendrier des primaires, apprécieront...

Ce samedi, lorsque les membres de la Commission démocrate plancheront sur une solution, leurs délibérations seront transmises en direct sur les télévisions américaines. Et dehors, les sympathisants d'Hillary Clinton s'amasseront devant les grilles du bâtiment pour réclamer «justice». Comme l'avaient fait à l'époque les supporters de George Bush, lors d'une manifestation orchestrée, visant à faire dérailler le recomptage des voix.

Les sympathisants d'Obama, eux, resteront à la maison. Le candidat aura bientôt besoin des électeurs démocrates de Floride et du Michigan s'il veut avoir des chances de l'emporter face au républicain John McCain. Ses adversaires d'aujourd'hui doivent se transformer, demain, en fidèles alliés.