S’il fallait montrer que la guerre en Syrie est loin d’être terminée, l’Etat islamique (EI) vient d’en apporter une preuve sinistre. Les djihadistes ont repris le contrôle dimanche de la cité antique de Palmyre, dont ils avaient été chassés il y a huit mois. L’armée syrienne reconnaissait avoir évacué la ville malgré le soutien aérien de son allié russe. Pendant ce temps, le régime de Damas resserrait son étau sur les derniers quartiers tenus par les rebelles syriens à Alep.

Faiblesse de l’armée syrienne

Si la victoire annoncée du président Bachar el-Assad dans la métropole du nord marque un tournant dans la guerre, ce nouveau revers à Palmyre est moins décisif. Il n’en est pas moins symptomatique de la faiblesse de l’armée syrienne saignée par près de six ans de guerre. A Alep, les troupes gouvernementales sont soutenues à bout de bras par l’Iran, l’Hezbollah libanais ainsi que d’autres milices chiites.

Rien de tel à Palmyre. A l’écart de la «Syrie utile», la «perle du désert» est connue dans le monde entier pour ses magnifiques ruines romaines classées au patrimoine mondial de l’humanité. L’EI l’avait conquise en mai 2015. Les djihadistes avaient ensuite dynamité et saccagé plusieurs des plus beaux monuments, dont les temples Bel et Baalshamin. La ville moderne avait été dévastée et vidée de sa population. La reprise de Palmyre en mars dernier, une victoire symbolique plus que stratégique du régime syrien, n’aura été que précaire.

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Palmyre vidée de ses habitants

Ces derniers jours, devant la poussée djihadiste, les rares habitants à être revenus à Palmyre ont été évacués, de même que les derniers défenseurs de la ville. Après y être rentrée, l’EI s’était retiré de la ville samedi, repoussé par d’intenses bombardements russes. Selon Moscou, son aviation a mené une soixantaine de raids contre les positions djihadistes dans la nuit de samedi à dimanche. Les combattants de l’EI «sont revenus en force» dimanche et «ont occupé la totalité de la ville», a expliqué Abdel Rahmane, le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme, à l’AFP.

Pour Jean-Pierre Filliu, professeur à Sciences Po à Paris, l’EI est le grand vainqueur de l’offensive sur Alep. «On ne rappellera jamais assez que Daech avait été expulsé de la deuxième ville de Syrie, en janvier 2014, par ces mêmes forces révolutionnaires contre lesquelles la dictature syrienne s’est acharnée», écrit ce spécialiste de la Syrie sur son blog. Si les djihadistes n’avaient pas si longtemps été épargnés par les frappes russes, selon Jean-Pierre Filliu, ils n’auraient pas pu reprendre l’initiative à Palmyre.

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Evacuation des rebelles à Alep?

Pour sa part, Moscou accuse la coalition menée par les Etats-Unis d’avoir sciemment desserré son étreinte sur Raqqa, la capitale de l’EI en Syrie, permettant ainsi aux djihadistes de lancer leur offensive vers Palmyre. A couteaux tirés, la Russie et les Etats-Unis seraient toutefois parvenus à un accord pour évacuer les rebelles acculés à Alep.

Des discussions dans ce sens se sont tenues à Genève entre experts des deux grandes puissances. D’après le texte d’une proposition russo-américaine, consulté par l’agence de presse Reuters, les combattants munis d’armes légères seraient autorisés à quitter Alep-Est sous supervision de l’ONU. En attendant une hypothétique trêve permettant cette évacuation, plus de 10 000 civils ont réussi à fuir les derniers quartiers tenus par la rébellion. «Ils se sont réfugiés dans des secteurs sous le contrôle des forces gouvernementales dans la partie ouest d’Alep», rapporte l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Malgré les craintes d’être arrêtés et de disparaître dans les geôles du régime.

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