«L’Italie a fait sa part.» Au lendemain de l’annonce d’une nouvelle cure d’austérité de 30 milliards d’euros et à quelques jours d’un sommet européen décisif pour le sort de la monnaie unique, le président du Conseil Mario Monti s’est employé à illustrer, en particulier à destination de l’étranger, les détails de ce nouveau plan de rigueur pour sauver l’Italie. Pour renflouer les caisses de l’Etat, le nouveau gouvernement a ainsi aligné toute une série de mesures allant de la réforme des retraites à de nombreuses augmentations de taxes et d’impôts complétées par une diminution des budgets des administrations locales et des frais de la politique. A commencer par la réduction drastique du nombre de conseillers provinciaux.

Nouvelles taxes

Pour donner l’exemple et mieux faire accepter les efforts auprès des Italiens, Mario Monti a d’ailleurs annoncé qu’il «renonçait à son salaire de président du Conseil».

Alors que les syndicats s’opposaient à une nouvelle réforme des retraites, le chef du gouvernement n’a pas hésité à adopter une augmentation du nombre d’années de cotisations (à quarante-deux ans pour les hommes et quarante et un ans pour les femmes) ou encore un gel pour les deux prochaines années de l’indexation des retraites. De l’autre côté, et tandis que la droite berlusconienne a toujours fait campagne contre la hausse de la fiscalité, Mario Monti a réintroduit une sorte de taxe foncière, approuvé une nouvelle taxe sur les biens de luxe comme les yachts ou les grosses voitures ainsi qu’une taxe de 1,5% sur les capitaux exportés illégalement à l’étranger et rapatriés en vertu d’une amnistie partielle. Une hausse de deux points de la TVA devait aussi entrer prochainement en vigueur.

Mario Monti a néanmoins réaffirmé qu’il avait veillé à l’équité des mesures (les retraites modestes seront notamment épargnées par la cure) et à la relance de l’activité économique à travers notamment la baisse des impôts pour les entreprises qui embauchent des jeunes et des femmes. «C’est nous qui pleurons», a toutefois lancé Il Giornale, le quotidien de la famille Berlusconi en référence à la batterie de nouvelles taxes et à la photo de la ministre du Travail, Elsa Fornero, qui, lors d’une conférence de presse s’est mise à sangloter alors qu’elle s’apprêtait à prononcer le mot «sacrifice».

«Rigueur, rigueur…»

Malgré tout, c’est à gauche que les critiques sont les plus vives. Les syndicats sont furieux contre ce plan qu’ils jugent inique. «Mario Monti avait parlé de rigueur, d’équité et de croissance. Au bout du compte c’est rigueur, rigueur et encore rigueur», dénonce un responsable de la CGIL, la principale confédération du pays qui souhaitait notamment une lutte plus décisive contre l’évasion fiscale (seuls les paiements supérieurs à 1000 euros ne pourront plus être effectués en liquide) et un impôt sur les grandes fortunes. «Il faut plus d’équité», a martelé le chef du Parti démocrate, Pierluigi Bersani, coincé entre son soutien par «sens des responsabilités» au gouvernement de Mario Monti et le mécontentement d’une partie de sa base et de la gauche radicale. Le président du Conseil affiche néanmoins sa confiance d’obtenir un vote favorable au parlement. D’autant que les taux obligataires à dix ans de l’Italie sont retombés hier, pour la première fois depuis fin octobre, sous la barre des 6%.