S'il est un pays qui a suivi avec vigilance le discours prononcé cette semaine par Saddam Hussein à l'occasion les dix ans de la guerre du Golfe, c'est Israël. En réponse à l'opération «Tempête du désert», le président irakien avait lancé plusieurs de ses missiles Scud sur l'Etat hébreu en 1991. Dix ans plus tard, malgré l'embargo maintenu depuis lors contre son pays, le ton n'a pas changé. Les Arabes, disait-il mercredi, «doivent s'unir contre l'influence étrangère dans la région». Ils doivent être prêts à mourir, selon lui, pour une Palestine qui ira «de la rivière à la mer».

Rien que des mots, sans doute, mais qui sont pris ici au pied de la lettre. Selon plusieurs «experts» cités jeudi par la presse israélienne, Saddam tenterait actuellement de faire pression sur le président syrien Bacher el-Assad pour qu'il entre en guerre contre Israël. Une phrase a particulièrement fait tressaillir les Israéliens, dans ce discours où le raïs irakien promettait de «bombarder Israël sans arrêt pendant six mois»: «La Jordanie et la Syrie, disait Saddam, doivent soutenir la lutte et nous offrir un front afin de combattre Israël.» Traduction en hébreu: Bagdad tenterait, en échange de son pétrole, d'obtenir le libre passage sur une partie du territoire syrien proche de la frontière avec Israël, afin de pouvoir, un jour, y participer à une attaque.

Alors que Saddam dirige un pays mis à genoux par les sanctions, ces menaces peuvent prêter à sourire. Elles sont pourtant aussi le rappel du nouveau statut que s'est forgé le raïs irakien auprès des opinions publiques arabes, dix ans après que les Etats-Unis eurent réussi à monter contre lui presque l'ensemble de ce même monde arabe. Avec la Syrie, la Jordanie, l'Egypte, mais aussi son ancien ennemi iranien, l'Irak resserre en effet spectaculairement ses liens, comme le prouve la visite qu'a effectuée au Caire cette semaine le vice-président irakien, Taha Yasin Ramadan: un prélude à des rencontres de plus haut niveau encore, a-t-on promis de part et d'autre.

Dans une région qui manque singulièrement de héros, l'opposition de Saddam face aux Etats-Unis a d'autant plus sûrement renforcé sa stature qu'il s'est affiché en défenseur de première ligne de l'Intifada. Son propre peuple meurt de faim? Cela ne l'a pas empêché d'envoyer des convois de camions chargés de nourriture pour venir en aide aux Palestiniens. L'Irak offre même une «prime» financière à toutes les familles qui comptent en leur sein un «martyr» tué par l'armée israélienne.

«Un grand danger»

Dans les funérailles qui ont rythmé trois mois de révolte palestinienne, il n'était pas rare de voir ainsi brandis les portraits du président irakien aux côtés de ceux d'Arafat. Après son discours de mercredi, plusieurs centaines de Palestiniens sont descendus dans la rue à Gaza pour demander à Saddam «d'attaquer Tel-Aviv avec des missiles Scud». «Saddam est prêt à sacrifier une partie de son armée pour être vu comme un héros dans sa lutte contre Israël», résumaient hier des «experts américains» non nommés dans le journal israélien Yediot Ahronot. Et le quotidien concluait: «Saddam est un grand danger, même s'il n'est pas défini comme un danger immédiat.»