Au dernier étage du bâtiment tout en verre de la mairie de Londres, avec l’une des meilleures vues sur la capitale britannique, Sadiq Khan ne boude pas son plaisir. Voilà seulement cinq jours qu’il est officiellement devenu maire, et il ne se prive pas de rappeler qu’il a remporté «le plus large mandat de l’histoire d’un représentant britannique»: avec 1,3 million de voix, il a récolté plus de votes que son prédécesseur, le très savamment décoiffé Boris Johnson, ou plus que n’importe quel premier ministre (qui ne sont élus que député de leur circonscription avant d’être choisi par la Chambre des communes).

Mais le nouveau maire, qui rencontrait mercredi un petit groupe de journalistes étrangers, dont Le Temps, tient à rectifier une image: «Je ne suis pas un leader musulman ou un porte-parole musulman.» Si les médias du monde entier ont salué la victoire du premier maire d’une grande capitale occidentale de cette confession, Sadiq Khan n’a pas l’intention d’être réduit à cette étiquette. «Je suis Londonien, Britannique, Pakistanais, musulman, père, mari… Ce n’est pas exclusif. Je ne me suis jamais défini uniquement par ma foi.» Pas question donc pour lui de devenir le porte-étendard d’une religion. «Je suis conscient que dans le climat actuel, j’ai une responsabilité importante de rappeler que les valeurs occidentales et l’islam sont compatibles. Mais je suis d’abord le maire de Londres.»

Pour le travailliste, sa victoire est la preuve que la capitale britannique est un modèle d’ouverture et de tolérance. «Je suis issu non seulement d’une minorité ethnique mais aussi d’une religion minoritaire, qui n’est pas la plus populaire à l’heure actuelle. A Londres, il est possible de surmonter cela. C’est la meilleure ville au monde, qui m’a permis, moi, fils de chauffeur de bus, de venir d’un HLM et de devenir ministre puis maire.» Il ne cache pas l’amertume qu’il tire de la campagne électorale menée par son opposant, Zac Goldsmith, qui avait tenté de mettre en avant ses liens supposés avec des islamistes fondamentalistes. «C’était une campagne de peur. Mais les Londoniens ont préféré l’espoir.»

Il en profite pour tacler le candidat républicain Donald Trump, qui a proposé de faire une «exception» pour permettre à Sadiq Khan de visiter les Etats-Unis, après avoir affirmé qu’il fallait interdire la venue de tous les musulmans outre-Atlantique. «Donald Trump et les gens qui le conseillent sont ignorants.» Pas question pour lui d’accepter une exception et de laisser de côté ses congénères.

Au-delà des questions d’identité, Sadiq Khan a désormais une nouvelle priorité politique: le référendum le 23 juin sur la sortie ou non de l’Union européenne. Selon lui, le maintien du Royaume-Uni au sein des Vingt-Huit est essentiel pour la prospérité de la capitale britannique. «Je suis très inquiet des risques économiques [d’un Brexit]. J’ai rencontré hier [mardi] Anne Hidalgo, la maire de Paris, et elle me disait en rigolant qu’elle déroulerait le tapis rouge pour les entreprises qui partiraient de Londres. Un demi-million d’emplois à Londres dépendent de l’Union européenne et 60% des multinationales au monde ont un siège ou un bureau à Londres.» Avec sa nouvelle carrure politique nationale, Sadiq Khan entend jouer de tout son poids dans le débat du référendum.