revue de presse

La saga DSK retrouve la une des journaux

L’époux d’Anne Sinclair alimente une nouvelle fois la chronique politico-médiatique. Il a beau dénoncer un «lynchage médiatique», rien n’y fait. Lui qui n’a toujours pas été entendu dans l’affaire du Carlton de Lille, fait une nouvelle fois les gros titres

Sur les photographies les plus récentes, l’homme est désormais comme abattu, vieilli, presque clochardisé. Une image si excessive qu’on a l’impression qu’elle est fabriquée pour susciter la compassion. L’Express confirme: «Le visage est creusé, les joues presque affaissées. La barbe blanche les dissimule à peine, comme la trace un peu salie du temps qui le fuit. Il y a longtemps qu’il ne s’est pas coupé les cheveux – d’ailleurs, depuis quelques semaines, il les perd. Et l’eczéma qui abîme ses doigts continue de le faire saigner. C’est une photo parue dans VSD», prise à l’aéroport d’Orly, qui fait écho à une autre, tout aussi effrayante, d’Anne Sinclair, l’épouse bafouée, «au bord de la rupture».

«C’est une débâcle», poursuit le magazine français, qui a publié mercredi un nouveau dossier, sous le titre «lLeffarante double vie de DSK», dans lequel il relate les témoignages de prostituées sur des parties fines auxquelles aurait participé l’ex-patron du FMI, explique Le Monde. Des pratiques «à la confluence des «réseaux francs-maçons, libertins et politiques», selon les termes des magistrats dans une ordonnance. Qui font passer les soirées bunga-bunga de Silvio Berlusconi pour d’aimables plaisanteries, comparées aux frasques de la «sex-machine»: «L’emploi du temps de DSK était tout simplement celui d’une machine de guerre», dit en effet le site belge d’information 7 sur 7. «Non pas seulement en raison de ses rendez-vous professionnels, déjà épiques, mais aussi et surtout à cause de nombreux moments de débauche que l’insatiable Strauss-Kahn devait caser dans son agenda.»

De toute manière, estime L’Express, «depuis que son nom est apparu dans l’affaire du Carlton de Lille, depuis que DSK est désigné comme client régulier d’un réseau de prostitution organisé, depuis que ses préférences sexuelles sont devenues le sujet de discussions de café du Commerce, la tragédie du présidentiable déchu a pris des allures de farce pathétique et grotesque. Disparu, the top guy qui faisait la une de Newsweek, l’ancien ministre surdoué du gouvernement Jospin, le funambule baroque et flamboyant de la politique. Carbonisé, l’économiste génial, le grand visionnaire capable d’apporter des solutions à la crise.»

C’est terrible. On peine désormais à trouver les mots pour décrire cette chute finale, cette descente en enfer. Car «de New York à Lille, il n’y a peut-être qu’un pas», commente La Voix du Nord: «L’affaire du Carlton intéresse au plus haut point Kenneth Thompson et Douglas Wigdor, les deux avocats américains de la femme de ménage du Sofitel de New York», leur but étant «de montrer les motivations de DSK et son modus operandi. Chez Mme Diallo, il n’y avait pas de consentement», disent-ils, en confirmant ne pas lâcher et attaquer DSK au civil.

Dans ce contexte nauséabond, l’avocat de DSK, Henri Leclerc, «a dénoncé mercredi «la mise à mort d’un homme déjà à terre» par une campagne de presse trash contre son client, dont le nom est cité» dans cette affaire de proxénétisme «impliquant hommes d’affaires et policiers». Et commentant sur France Inter «des articles de presse sur la situation du couple, Me Leclerc a réitéré son intention de porter plainte contre Le Figaro pour atteinte à la vie privée». A celle d’Anne Sinclair, plus précisément, qu’il dit désormais «dans un profond désarroi».

Questionné mardi 15 novembre dans l’émission Le Grand Direct des médias, d’Europe 1, Me Leclerc a précisé, relaie Le Nouvel Observateur, que «le couple allait notamment poursuivre en justice les médias français ayant relayé des rumeurs de divorce survenues suite aux différents dossiers impliquant l’ex-patron du FMI.» Car «la meilleure défense, c’est l’attaque», estime Gala, dans un jugement qui met en cause, une fois de plus, Internet. Avec le Web, il n’y aurait plus de vie privée? «Pourtant, dans l’affaire DSK, paradoxalement, les internautes ont plutôt respecté la vie privée de l’intéressé», explique – de manière magistrale – L’Express, décidément très en pointe sur ce sujet.

Alors, à qui profite le crime? Et surtout, qui joue les vertueux, dans cette affaire? Le comble est que c’est France-Soir! Journal habituellement plutôt avide de scandales auquel il semble «que point trop n’en faut et que nous, les journalistes, devrions faire preuve de retenue et de responsabilité. Il n’y a aucune raison de douter de la justice, qui ira jusqu’au bout des investigations. Laissons-lui le temps de le faire dans la sérénité, c’est-à-dire sans qu’il y ait jour après jour viol du secret de l’instruction par des avocats ou des policiers.» Les Strauss-Kahn «ont droit comme tout le monde au respect de leur vie privée, ainsi que de celle de leurs enfants. Les spéculations sur un éventuel divorce du couple ou sur une redistribution de leur patrimoine pour faire face à une condamnation civile à New York sont donc déplacées. Et, surtout, n’oublions pas le destin d’un homme brisé, tombé de si haut, presque à l’Elysée, et voué aux gémonies. […] La folie suicidaire, irrépressible, peut saisir parfois celui qui ne voit pas d’autre issue. Ne soyons pas des chiens.»

Et ne nous laissons pas avoir, prévient un internaute du Post, qui se demande s’il n’y a pas un peu «panique à bord». «La question mérite d’être posée», écrit-il, «tant la galaxie des tabloïds et des sites de pacotille est en ébullition. Ces redresseurs de torts qui ne peuvent intéresser le grand public qu’en usant et abusant de trois lettres – DSK – ont perdu à jamais leur crédibilité. En tout état de cause, ils doivent faire profil bas, depuis la volonté affichée […] du couple Strauss-Kahn – qu’ils annonçaient d’ailleurs à l’agonie – de reprendre la main. Les colporteurs de racontars [comme le site Atlantico] semblent être sur le gril. Il suffit de faire le tour de la blogosphère pour s’apercevoir que certains brûlots sur le couple Strauss-Kahn ont d’ores et déjà été retirés. Les détracteurs de la théorie du complot hier font aujourd’hui appel aux psychologues [comme Marie-France Hirigoyen dans L’Express] pour dénoncer en vrac la «manipulation» du couple […], l’œuvre sournoise de leurs «communicants» (que l’on disait par ailleurs pas assez efficaces…). Bref, l’empire contre-attaque, mais la galaxie se rebiffe. Signe peut-être que le Mensonge est en train de perdre définitivement la face et nul ne saurait s’en plaindre.»

Marie-France Hirigoyen, en réponse à la question «que dit, de notre époque, la chute de DSK?»: «J’y vois un retour de balancier en faveur de limites morales plus nettes. Son ascension n’a été possible que parce que la société moderne a valorisé, à l’excès, les individus capables de se mettre en avant et de s’imposer, peu importe la méthode. Ceux qui savent tricher sans se faire prendre continuent à fasciner. Peut-être plus pour longtemps.» A la suite de quoi, comme le journal dans lequel elle s’exprime, nous dirons enfin aux internautes du Temps: «Avertissement de modération. Bonjour, merci de bien vouloir éviter toute injure, diffamation ou propos trop violent. De tels propos seront modérés et leurs auteurs seront passibles de bannissement.»

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