International

Dans le Sahel, un G5 sur la défensive

La force multinationale africaine soutenue par la France a été au cœur des discussions d’Emmanuel Macron avec l’Union africaine, lundi à Nouakchott

Montée en puissance ou fuite en avant bureaucratique? A Nouakchott (Mauritanie), où il s’est rendu lundi en visite pour participer au sommet de l’Union africaine (UA), Emmanuel Macron a inauguré le nouveau «collège de défense» du G5 Sahel. Objectif: mieux former, à partir d’octobre, les cadres de cette force multinationale composée de troupes de la Mauritanie, du Burkina Faso, du Niger, du Mali et du Tchad.

La réactivité, la clé du problème

Mais une nouvelle structure est-elle une priorité, après l’attentat suicide commis le 29 juin par un groupe djihadiste sahélien contre l’état-major de la force à Sévaré, un faubourg de la ville de Mopti, au centre du Mali? «Le risque est toujours le même dans cette partie du monde démunie de tout qu’est le Sahel: plaquer sur les forces locales un modèle trop occidental. Pour être efficace, la clé de ce G5 doit d’abord être sa réactivité sur le terrain», jugeait un influent général sénégalais, lors du récent forum sur la sécurité en Afrique organisé à Rabat par le think tank marocain OCP-PC.

Or qui dit réactivité dit trois choses: capacité à s’éloigner de ses bases, capacité à mener des opérations conjointes entre détachements de pays différents et moyens logistiques adéquats. Trois exigences que les Français – à l’origine du G5 Sahel crée en 2014 après l’intervention au Mali – reconnaissent à demi-mot. «Cette force mène actuellement sa quatrième opération. Trois autres sont planifiées. Les primes que réclamaient les soldats ont été versées. Les équipements de protection individuels seront livrés à la fin de l’été», confiait une source élyséenne, avant le départ d’Emmanuel Macron pour la Mauritanie, puis le Nigeria (où il sera ce mardi et mercredi).

Une zone immense à couvrir

Sauf que, concrètement, la force conjointe d’environ 3500 hommes issus des cinq pays participants se limite surtout à la protection des frontières de ces Etats, soit à l’interdiction des infiltrations. Spécialiste des réseaux djihadistes dans le Sahara, le journaliste mauritanien Isselmou Ould Salihi confirme: «On imagine un corps expéditionnaire avec des hélicoptères, des drones, des forces spéciales. En réalité, chaque bataillon national est surtout positionné le long de sa frontière. Les moyens aériens sont ceux de la force française Barkhane (entre 3000 et 4000 hommes dotés de bases avancées au Mali, au Niger et au Burkina Faso). Ils s’avèrent donc partagés et limités. C’est déjà beaucoup. Mais cela ne permet en rien de quadriller cette zone.»

La zone en question est, il est vrai, immense. Cinq millions de kilomètres carrés. Auxquels il convient d’ajouter la menace intérieure constituée, dans un pays où l’Etat reste déliquescent comme le Mali, par des groupes djihadistes toujours actifs, qui se mêlent aux populations. L’attentat contre l’état-major de Sévaré, attribué aux hommes du leader touareg Iyad Ag Ghali, prouve que le G5 Sahel est aussi vulnérable sur son flanc arrière. D’autant que les élections présidentielles maliennes, le 29 juillet prochain, risquent d’accoucher de la réélection du président sortant Ibrahim Boubacar Keïta, incapable d’endiguer le délabrement des services publics durant son premier mandat.

Sans implication à long terme, ça ne marche pas

Résultat: la région nord du Mali reste très mal contrôlée. Un contingent de la force Barkhane y a d’ailleurs subi une attaque ce week-end et le discours des chefs djihadistes contre les «occupants étrangers» fonctionne: «Militairement, le dilemme de cette force multinationale est simple. Son financement doit se négocier chaque année pied à pied. Les Américains la voient d’un bon œil, mais n’ont toujours pas mis la main au portefeuille.

Le défi, au Sahel, c’est le temps long et le sort des populations civiles, pour lesquelles un puits creusé par les djihadistes vaut mieux que pas de puits du tout. Sans implication dans la durée et sans reconstruction de structures étatiques dignes de ce nom, la solution militaire ne fonctionne pas», confirme Deo Gumba, coordinateur d’un programme d’étude de la criminalité organisée en Afrique, et participant au forum Apsaco de Rabat.

Côté financement, l’addition du G5 Sahel reste liée à ces prochains développements. Emmanuel Macron a répété à Nouakchott que l’Union africaine doit se mobiliser, mais les moyens manquent et les Casques bleus des Nations unies sont à la peine au Mali et en République centrafricaine, plus au sud. Les 414 millions d’euros réunis lors de la conférence des donateurs en février à Bruxelles, grâce aux contributions du Qatar, de l’Arabie Saoudite et de l’Union européenne, sont compliqués à encaisser, puis à partager entre les contingents. A titre de comparaison, la force française Barkhane coûte, elle, environ 600 millions d’euros par an.

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