Vu de l’Occident, Saïf al-Islam, 39 ans, a longtemps été considéré comme la face moderne et la plus acceptable du régime de Tripoli. Moins extravagant que son père, Mouammar, et beaucoup plus policé que son frère, Hannibal. Il risque aujourd’hui d’être déferré à La Haye, devant la Cour pénale internationale (CPI) qui le recherche pour crime contre l’humanité.

Considéré par la Cour comme le «premier ministre de facto» du colonel, même s’il n’a jamais endossé de titre officiel, le cadet des enfants Kadhafi est accusé d’avoir «joué un rôle clé dans la mise en œuvre d’un plan» conçu par son père afin de «réprimer par tous les moyens» les révoltés libyens. Son arrestation annoncée dimanche par la rébellion libyenne, dans des circonstances inconnues, a été confirmée quelques heures plus tard par Luis Moreno-Occampo, le procureur de la CPI. Lundi, un porte-parole de cette dernière indiquait à l’AFP que des discussions étaient en cours avec le Conseil national de transition (CNT) libyen au sujet de son transfèrement: «Nous espérons qu’il pourra être très bientôt à La Haye». De son côté, Mansour Saïf al-Nasr, le représentant des rebelles à Paris précisait que son cas ferait l’objet d’un «vote au sein du CNT».

L’image policée du jeune homme à la mise étudiée, habitué du forum de Davos, s’est craquelée dès les jours qui ont suivi le soulèvement à Benghazi, le 17 février. Dans un discours télévisé halluciné, prononcé le 20 février, il avait, dans une même salve, promis la mise sur pied d’une commission destinée à élaborer une Constitution et menacé de «détruire les éléments de la sédition».

Un choc pour ceux qui tenaient en lui un réformiste. Eduqué à Vienne et à Londres (la Suisse et la France lui avaient refusé un visa d’étudiant), le «Glaive de l’Islam» a été l’artisan de la réhabilitation internationale de son pays, au début des années 2000. Président de la Fondation Kadhafi, il a habilement débloqué des dossiers brûlants, tels l’indemnisation des victimes de l’attentat de Lockerbie ou celui des infirmières bulgares emprisonnées à Tripoli. Il risque à son tour de finir sa vie derrière les barreaux.