Il devait à la fois rassurer et séduire, se justifier et partir à l'attaque, être lui-même et quelqu'un d'autre. John McCain n'a réussi que péniblement à tenir tous ces rôles simultanés. Ce qui devait rester comme l'apothéose de la convention de Saint Paul a laissé jeudi comme un goût d'inachevé. Que fera celui que les républicains ont chargé de conquérir la Maison-Blanche? Nul ne le sait exactement. Pas même les délégués. Pas même, semble-t-il, le candidat lui-même.

Ceux qui s'étaient succédé à la tribune - au premier rang desquels la candidate à la vice-présidence Sarah Palin - avaient préparé le terrain avec férocité, voire avec hargne contre les démocrates. Avec sa douceur de ton habituelle, le sénateur de l'Arizona ne leur a pas réellement emboîté le pas. Mais toute la première partie de son discours a visé à faire comprendre qu'il était de leur côté. Mise en avant de son patriotisme (le Vietnam, la guerre d'Irak, des quasi-menaces contre la Russie...), baisse des impôts et lutte contre les «bureaucrates» (un thème qui a représenté le cœur de son programme économique): John McCain devait prouver qu'il défendra l'Amérique et qu'il n'est pas là pour mettre les bâtons dans les roues des entrepreneurs et du business: «Le gouvernement doit être de votre côté, et non sur votre voie», a-t-il lancé.

Dans un étrange parallèle, le sénateur rappelait son passé de prisonnier de guerre au Vietnam quand, les bras cassés, il devait compter sur les Vietnamiens pour s'occuper de lui, «même pour me nourrir». «Cela m'a appris les limites de mon indépendance», avouait-il.

«Confiance» perdue

Vis-à-vis de son parti, son indépendance serait aussi limitée à la Maison-Blanche. Mais, fidèle à l'image qu'il s'est forgée, McCain a tenté de se montrer critique envers les républicains. «Nous avons perdu la confiance des Américains», a-t-il asséné aux délégués, provoquant parfois quelques moues de déplaisir. John McCain enchaînait en prônant à de nombreuses reprises le besoin de «changement» et de collaboration avec «tous les Américains», fussent-ils démocrates ou indépendants. Ni réellement dans son parti, ni réellement dans l'opposition: une situation presque aussi inconfortable qu'une geôle vietnamienne...