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A Saint-Barthélemy et Saint-Martin, le cauchemar «Irma» a tué le paradis

Les deux îles des Antilles françaises se réveillent ce jeudi anéanties par le passage du cyclone «Irma». Le président Français Emmanuel Macron a promis de se rendre très vite sur ces deux territoires dévastés des Antilles

C’est peut-être l’image la plus symbolique: depuis deux jours, les clients des hôtels de grand luxe qui bordent les plages des îles pour milliardaires que sont Saint-Barthélemy et Saint-Martin restent confinés dans les locaux sans fenêtres, voire dans les caves. Spectacle de désolation.

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Pillages nocturnes dans les rues de Marigot, la capitale de l’île franco-néerlandaise de Saint-Martin. Aéroport inondé et impraticable du côté hollandais de ce territoire exigu (l’aéroport français situé au nord de l’île demeure opérationnel), dont certains richissimes habitants comptent parmi les vedettes du gotha mondial des affaires et du show-business.

Le chanteur Johnny Hallyday, l’acteur Jean Reno, les milliardaires Bill Gates et Paul Allen, la famille Rothschild… Tous sont des habitués de cette île paradisiaque peuplée d’environ 35 000 habitants, où les plages se sont transformées, au passage du cyclone Irma ces dernières quarante-huit heures, en un enfer de pluie, de tornades et de dévastations. Côté français, des bâtiments supposés résister à ce type de catastrophe climatique, comme la préfecture, l’hôpital ou la caserne des pompiers, ont été littéralement soufflés, leurs toitures arrachées par des vents de plus de 200 kilomètres à l’heure et des torrents de pluie. De nombreux résidents ont dû se réfugier dans les salles de bains de leur domicile, ou dans les pièces les plus éloignées des baies vitrées, arrachées par la tempête. 95% des constructions en dur de Saint-Martin seraient affectées, selon les premiers rapports disponibles.

L’île voisine de Saint-Barthélemy restait encore, ces dernières heures, presque hors d’atteinte. Un chaos auquel les autorités françaises, qui avaient prié la population de se mettre à l’abri depuis lundi, n’étaient visiblement pas préparées.

«Irma» est un cauchemar climatique. Le cyclone parfait du point de vue de son intensité et des dommages causés

David Dumas, météorologue

Du côté des secours, la machine s’est mise en marche dans la nuit, avec le départ de l’Hexagone pour la Guadeloupe de plusieurs avions, dont l’un acheminant près de 200 sauveteurs, pompiers et militaires, pour parer aux urgences et sécuriser les routes.

Le bilan provisoire de huit personnes décédées à Saint-Martin, annoncé par le Ministère de l’intérieur ce jeudi matin, devrait être rapidement dépassé. Des cargaisons de rations militaires et d’eau potable ont été expédiées. Un cyclone d’une telle intensité, auquel pourraient succéder dans les jours qui viennent deux nouveaux ouragans actuellement en formation – José et Katia –, n’avait pas déferlé sur la région des Antilles depuis 2010. «Irma est un cauchemar climatique. Le cyclone parfait du point de vue de son intensité et des dommages causés», explique David Dumas, de l’institut de recherches météorologiques Keraunos. 

Défi pour la France

Alors que l’ouragan qui a dévasté les deux îles se rapproche aujourd’hui de la Floride, mise en état d’urgence par les autorités américaines, le défi pour la France s’annonce très rude. A partir de la Guadeloupe, où devrait se rendre très vite Emmanuel Macron (en visite ce jeudi et vendredi en Grèce), les secours qu’il est possible d’acheminer demeurent maigres et ne correspondent sans doute pas aux besoins matériels, dont il est encore difficile de connaître l’ampleur, vu l’isolement de nombreuses villas somptueuses aujourd’hui réduites à un amas de décombres.

L’impératif de sécurité, pour les autorités de l’Hexagone et celles des Pays-Bas, qui se partagent la souveraineté de Saint-Martin, est énorme, d’autant que les deux pays se chamaillent fréquemment sur le partage des responsabilités et sur l’entretien des infrastructures. Ci-dessous, les dégâts vus du ciel:

A Saint-Barthélemy, autre paradis des Caraïbes dont la population avoisine les 10 000 habitants, la priorité est ce jeudi au rétablissement pur et simple des communications. Plusieurs hélicoptères devraient survoler les lieux dès l’aube – ces territoires accusent six heures de retard par rapport à la France – afin de dresser un premier bilan des dégâts et identifier de potentiels points d’installation des premiers secours.

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Les îles françaises des Antilles, exposées aux cyclones de l’Atlantique, ont connu ces dernières décennies moins de tragédies que leurs voisines, comme Haïti ou Saint-Domingue, vers lesquelles se dirige le cyclone Irma. Le réchauffement de la planète, en faisant augmenter la température de l’océan, a néanmoins changé la donne et d’autres catastrophes de ce genre sont déjà anticipées. La reconstruction ne pourra dès lors pas être entamée «comme avant». Les abris anti-ouragan et la solidité des futurs bâtiments seront au cœur du dispositif qui devrait se mettre en place dans les prochains mois. Avec une conséquence assurée de ne pas être apprécié des grandes fortunes mondiales: de nouvelles restrictions et de nouvelles régulations pour les constructions somptueuses au bord de mer.

En août dernier, le cyclone Hato, qui a déferlé sur la métropole portuaire de Hongkong, en Asie, n’y a fait qu’un mort grâce à la qualité des édifices prévus pour affronter de telles intempéries. Les deux paradis insulaires que sont Saint-Barthélemy et Saint-Martin ne pourront pas, après la nuit d’effroi d’Irma, faire l’économie d’un complet réaménagement du littoral susceptible d’attiser, sur place, la colère toujours présente contre la métropole.

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