Interpellé lors d'une visite à l'hôpital, Emmanuel Macron a promis de «mettre fin» à la «paupérisation» des personnels soignants, en engageant une hausse des rémunérations, parallèlement aux primes annoncées face à la crise du Covid-19.

Ce geste est attendu depuis des années par les syndicats, qui pointent la faiblesse des salaires hospitaliers, notamment pour les infirmiers: ces derniers touchent 1500 euros net en début de carrière, soit l'un des niveaux les plus faibles des pays de l'OCDE. S'agissant des infirmiers, l'objectif est d'atteindre un «niveau de rémunération» équivalent «à la moyenne européenne», a assuré le ministre de la Santé, Olivier Véran, en précisant que les augmentations toucheraient à la fois les hôpitaux et les Ehpad.

Lire aussi: Ces soignants français «abandonnés» sur le front du Covid-19

Selon les syndicats, le différentiel est d'environ 300 euros par mois. Ces derniers mettent toutefois en garde contre une mesure limitée aux seuls infirmiers. «Il faut un geste rapide pour l'ensemble des personnels hospitaliers», a prévenu Julie Ferrua, de SUD Santé.

S'affranchir des 35 heures

Olivier Véran a dit vouloir «revoir le cadre d'organisation du temps de travail à l'hôpital», estimant nécessaire de remettre en cause les «carcans qui empêchent ceux qui le souhaitent de travailler davantage».

Cette annonce a fait bondir plusieurs syndicats, attachés aux 35 heures, qui rappellent que de nombreux salariés n'ont jamais pu accéder à la réduction du temps de travail, faute d'embauches suffisantes dans les hôpitaux.

La question n'est pas de «déréglementer le temps de travail», a toutefois précisé M. Véran, disant vouloir simplement permettre «aux salariés qui le souhaitent» d'organiser «leur temps de travail différemment». Cette réforme correspond à une demande de longue date de la Fédération hospitalière de France (FHF), qui préconise un «dispositif d'autonomie avancée» pour les hôpitaux, désorganisés selon elle par la réforme des 35 heures.

Métiers peu attractifs

L'exécutif a promis de mettre sur la table des discussions la «question des montées en compétences», pour «mieux valoriser toutes les carrières, tous les métiers et développer de nouveaux parcours professionnels».

L'objectif est de renforcer l'attractivité des hôpitaux, qui peinent pour beaucoup à recruter et à fidéliser leurs salariés - en raison des conditions de travail mais aussi, selon les syndicats, d'une gestion inadaptée des ressources humaines. Chez les infirmiers, «30% des nouveaux diplômés abandonnent la profession dans les cinq ans», souligne ainsi Thierry Amouroux, porte-parole du SNPI. Dans les hôpitaux, des milliers de postes restent par ailleurs vacants.

Lire aussi: Edouard Philippe, l’homme qui fait trembler Macron

Cette situation oblige les hôpitaux à fermer des lits ou bien à embaucher des intérimaires. Un choix souvent coûteux, les intérimaires profitant souvent de la pénurie pour exiger des rémunérations supérieures aux grilles salariales.

«Notre système de santé n'est pas encore assez centré sur le patient, sur son parcours. Il n'est pas assez performant non plus dans son pilotage», a jugé Olivier Véran, disant vouloir améliorer sa gouvernance.

Dettes des hôpitaux

A ce stade, le gouvernement n'a pas précisé les réformes concrètes qu'il entendait mettre en oeuvre. Mais il a promis de combattre la «suradministration», en donnant plus de poids aux «médecins». L'exécutif pourrait ainsi réformer un peu plus la tarification à l'activité (T2A), instaurée en 2003. Ce système, qui fixe les ressources des hôpitaux en fonction des actes effectués, est souvent accusé de pousser à la «course au volume».

Il pourrait aussi mettre un coup d'arrêt aux fermetures de lits, très critiquées par les hospitaliers: en l'espace de 20 ans, près de 100 000 lits ont en effet été supprimés dans les cliniques et hôpitaux. Fin mars, Emmanuel Macron avait promis «un plan massif d'investissement» à l'issue de la crise. Ce plan, destiné notamment à renouveler le matériel, concernera à la fois les hôpitaux et les Ehpad, a précisé Olivier Véran, sans indiquer le montant de l'enveloppe allouée.

La question de la dette des hôpitaux, aujourd'hui proche de 30 milliards d'euros, est au coeur de multiples discussions entre l'exécutif et les fédérations hospitalières, pourrait également revenir sur la table.

Dans le cadre du «plan hôpital» décidé à l'automne 2019, le gouvernement avait annoncé une reprise de dettes «massive» de 10 milliards d'euros sur trois ans. Lors du Conseil des ministres mercredi, Olivier Véran a évoqué un "effort de 13 milliards d'euros".