Syrie

Salim al-Muslat: «Moscou s’est rendu compte de ses erreurs»

L’opposition salue l’annonce russe d’un retrait militaire partiel. L’avis de Salim al-Muslat, l’un de ses membres présent à Genève

L’annonce faite lundi soir par Moscou d’un retrait militaire partiel est-elle de nature à changer les perspectives d’un règlement politique en Syrie? «La Russie a tout intérêt à devenir notre partenaire pour parvenir à la paix» veut croire Salim al-Muslat, l’un des membres de l’opposition syrienne qui rencontrait mardi l’envoyé spécial de l’ONU Staffan de Mistura, pour ce nouveau round de discussions entamé à Genève

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- Comment expliquez-vous cet apparent retournement russe?

- Nous avons appris la nouvelle par la presse. J’imagine que cela est dû notamment aux discussions qui se tiennent entre les Russes et les Américains et aux efforts déployés par nos amis, américains ou européens. La Russie a fini par se rendre compte qu’elle ne peut pas rester engluée dans cette situation, et elle a commencé à évaluer l’erreur qui consistait à se placer du côté de Bachar el-Assad. Même s’il a déjà duré de longues décennies (avec le président actuel et son père Hafez el-Assad), le régime Assad ne va pas tenir encore longtemps. La Russie a tout intérêt à se placer du côté de la population syrienne qui, elle, sera là pour toujours. Enfin, si cette guerre est très coûteuse pour nous en termes de vies humaines, elle l’est aussi pour la Russie qui doit payer très cher ses opérations militaires.

- La Russie claironne que sa mission est terminée en Syrie. Si c’est le cas, cela s’est fait à vos dépens, non?

- S’il est vrai que la Russie a terminé sa «mission» en Syrie, alors nous sommes là, prêts à devenir ses futurs partenaires… L’Armée syrienne libre (de l’opposition) a été la première à combattre l’organisation de l’État islamique (Daech). Aujourd’hui, nous sommes déterminés à poursuivre cette lutte contre le terrorisme aux côtés de tous nos partenaires, y compris russes.

Dans l’immédiat, s’il se réalise effectivement sur le terrain, ce retrait russe peut nous aider à atteindre des résultats positifs, ici à Genève. D’autant que le respect relatif de la trêve militaire et les progrès accomplis par l’aide humanitaire ont déjà un peu modifié la donne sur le terrain. Pas encore suffisamment, certes, mais nous allons dans la bonne direction. L’essentiel reste pourtant de faire pression sur Bachar el-Assad pour qu’il n’obstrue pas ces négociations.

- Ne craignez-vous pas une sorte de coupe de bluff de Moscou?

- Il est impossible de prédire ce qui se passera ces prochains jours. Mais pour autant que cela serve à épargner des vies humaines, ce développement est bon à prendre. Nous espérons que la Russie va corriger ses erreurs et qu’elle va renouer ses bonnes relations avec le peuple syrien. Après tout, nous sortirions tous vainqueurs de la fin de cette guerre.

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- Est-ce que cette annonce russe vous a amenés à revoir votre stratégie de négociation aux discussions?

- Pas pour le moment. Encore une fois, cela dépendra des prochaines actions sur le terrain. Mais si ce retrait russe se confirme, cela aura aussi des effets sur les actions qu’entreprendra le régime syrien. Car comme vous le savez, il est entièrement dépendant aujourd’hui de la Russie et de l’Iran.

- Moscou est en train de réunir toutes sortes d’autres courants de l’opposition syrienne, mais favorables au maintien au pouvoir de Bachar el-Assad. Craignez-vous de finir par être marginalisés aux pourparlers?

- D’abord, première précision: en tant que HCN (Haut comité aux négociations), notre but n’est pas de représenter l’opposition syrienne mais l’ensemble des Syriens. Il y a parmi nos membres des Arabes musulmans, des Chrétiens, des Kurdes, des Turkmènes et même des Alaouites. Nous n’avons besoin d’aucun groupe supplémentaire. Et oui, en effet, nous voyons bien la manœuvre qui consiste à tenter de nous marginaliser dans les discussions. Mais ici, nous apporterons la preuve que nous parlons bien au nom de la société syrienne dans toutes ses dimensions. A l’exception d’un seul homme (Bachar el-Assad), ou plutôt d’un homme et de la petite clique qui est regroupée autour de lui.

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