Royaume-Uni

Salman Abedi, portrait-robot du terroriste de Manchester

Issu d’une famille libyenne proche des milieux islamistes anti-Kadhafi, le jeune homme est décrit comme lent et renfermé. Il avait séjourné dans son pays d’origine quelques jours avant l’attentat

Les autorités britanniques n’auront pas mis longtemps à identifier Salman Abedi, l’auteur de l’attentat-suicide de Manchester. Elles ont appris son nom quelques heures seulement après l’explosion, qui a fait vingt-deux morts. Et pour cause: le jeune homme de 22 ans portait sur lui des papiers d’identité et il était déjà connu des services de renseignement. Depuis plusieurs années, le fils de réfugiés libyens était considéré comme un «sujet d’intérêt», même s’il ne faisait pas l’objet d’une surveillance active. A plusieurs reprises, des témoins l’avaient dénoncé auprès des autorités pour ses vues extrémistes.

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Naissance à Manchester

Ces éléments permettent de commencer à dresser un portrait-robot du terroriste. Celui d’un garçon qui ne cherchait pas à brouiller les pistes, et qui ne paraît pas avoir été un leader dans la cellule extrémiste où il évoluait: une simple «mule», selon une source des services de renseignement citée par la BBC. Mais celui aussi de quelqu’un qui a grandi et vécu dans un milieu radical, des réfugiés libyens en lutte contre le régime de Mouammar Kadhafi, peut-être proches de groupes islamistes, qui avaient participé à la révolution de 2011 contre l’ancien dictateur.

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Salman Ramadan Abedi naît le 31 décembre 1994 à Manchester. Ses parents ont fui le régime libyen quelques années plus tôt, sans doute en 1991. Après quelque temps à Londres, ils s’installent à Manchester, où se trouve l’une des principales communautés libyennes du Royaume-Uni. La famille, musulmane pratiquante et politiquement active, habite Fallowfield, un quartier populaire constitué de petits cubes de briques rouges, mais où le mélange ethnique est vaste et se passe plutôt bien, loin du cliché du ghetto.

Le souffre-douleur des autres élèves

A l’école, Salman a du mal à s’adapter et devient le souffre-douleur des autres élèves. «Il était très silencieux, renfermé sur lui-même», témoigne sous couvert d’anonymat à la BBC un ancien élève de l’école secondaire Burnage Academy, qui était dans la même classe que lui en 2011. «On se moquait beaucoup de lui. Il ne paraissait pas très intelligent, répondait très lentement aux questions.» Par ailleurs, tous les témoignages concordent: Salman était un gros fumeur de cannabis.

Parallèlement, le jeune homme grandit auprès d’une famille conservatrice. Selon Abdel-Basit Haroun, un ancien membre des services de sécurité libyens, son père, Ramadan Abedi, aurait même été un membre du Libyan Islamic Fighting Group, un groupe officiellement classé comme terroriste par les Nations unies. Ce dernier dément catégoriquement.

Il a été en Libye pendant quelque temps, de même que de nombreux Libyens de Manchester que je connais

Quoi qu’il en soit, la famille a connu ces dernières années la violence de la Libye. Le père est rentré à Tripoli dès 2008. En 2011, tous se sont rangés auprès des rebelles anti-Kadhafi, parmi lesquels se trouvaient de nombreux militants islamistes. Salman est sur place. «Il a été en Libye pendant quelque temps, de même que de nombreux Libyens de Manchester que je connais, poursuit le même ancien camarade de classe. Ils étaient armés et impliqués dans des actions militaires. Exactement le genre de personne recrutée par des organisations terroristes.» Sur internet, Salman fait circuler des photos où il arbore des armes, toujours selon la même source. Une autre photo, montrant son petit frère portant une arme automatique en bandoulière, a été trouvée par les médias britanniques.

Le futur terroriste a-t-il été radicalisé à ce moment? Cela correspond à peu près à l’époque, il y a cinq ans, où au moins deux Britanniques ont jugé bon de téléphoner aux services de sécurité pour les avertir des opinions extrémistes de Salman Abedi. Lors de conversations, ce dernier aurait défendu le principe des attentats-suicide, estimant qu’un tel geste était «OK».

Un père connaît son fils et ses pensées, et mon fils n’avaient pas de pensées extrémistes

Salman a continué à retourner régulièrement à Tripoli, où vit désormais sa famille. Il s’y trouvait encore quelques jours avant l’attentat. Son père et son petit frère ont désormais été arrêtés par les autorités libyennes. Juste avant, le père avait cependant eu le temps d’exprimer son incompréhension, dans un entretien à Associated Press. «Un père connaît son fils et ses pensées, et mon fils n’avaient pas de pensées extrémistes, assure-t-il. Nous avions discuté d’attaques similaires, et il était toujours contre, affirmant qu’il n’y avait pas de justification religieuse. Je ne comprends pas comment il s’est retrouvé dans une attaque qui a tué des enfants.»

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L’enquête devra tenter d’y voir plus clair. Mais les policiers ont déjà une certitude: Salman faisait partie d’un réseau, et les huit arrestations réalisées jusqu’à présent ont été «significatives».

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