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Une vache, photographiée au salon de l'agriculture.
© JOEL SAGET

France

Au salon de l’agriculture, des paysans divisés

Après avoir laissé éclater leur colère au début du salon, les éleveurs français achèvent l’édition 2016 dimanche, inquiets des fractures du monde paysan

Antoine Rimbault était encore, jeudi soir, avec des éleveurs suisses de passage au Salon de l’agriculture, qui fermera ses portes dimanche à Paris. Pas étonnant: depuis le début de la manifestation annuelle de la paysannerie française, le 27 février, leurs collègues helvètes se pressent dans ces travées occupées par les têtes de bétail sélectionnées par l’OSRM: l’organisme de sélection de la race montbéliarde.

Jean, un éleveur du Jura français, est le propriétaire des quatre spécimens affairés à ruminer devant une poignée d’écoliers lyonnais. La Montbéliarde, également très bien représentée en Suisse, est la deuxième race laitière de France, avec 670 000 vaches en production, soit 17% du cheptel laitier hexagonal. Un bon baromètre de la crise qui décime l’agriculture et pousse, presque chaque semaine, des éleveurs bovins et porcins à la faillite, voire au suicide?

«Nous apportons surtout la preuve de la diversité des situations, nuance Antoine Rimbault, technicien de l’OSRM, dont le siège se trouve à Roulans (Doubs). En Franche Comté par exemple, la crise est moins forte chez les éleveurs de Montbéliard dans le Doubs ou le Jura, car leur production de lait y est à 80% destinée à la production de fromages d’appellation d’origine protégée (AOP) tels le Comté, le Bleu de Gex ou le Morbier. Les mille litres de lait leur sont payés localement 500 euros, contre 280 pour les producteurs bretons très dépendants de la grande distribution et des cours mondiaux. C’est l’avantage d’un marché de niche.»

Ce week-end, des centaines de visiteurs venus de Suisse sont encore attendus ici, sur ces stands des régions frontalières où les échanges entre paysans sont fréquents. L’impression, coté exposants français? «Notre crise a réveillé leurs inquiétudes, car ils voient bien que l’agriculture helvétique n’est plus aussi protégée qu’avant», juge Alain Thévenot, un exploitant du Rhône. Sur le stand voisin: des vaches de race Hérens, toutes flanquées de cloches estampillées au drapeau savoyard. L’on y discutait vendredi des mérites d’un taureau noir, le front planté contre la mangeoire à laquelle il est attaché depuis près d’une semaine.

La finale nationale de la race Hérens, ces vaches alpines de combat originaires de Suisse, aura lieu le 20 mars à Chambery. L’affluence des badauds, les cris des enfants, la loterie du stand Danone et le quiz animalier du stand de la Commission européenne voisins donnent l’impression d’une agriculture toujours au cœur de la société. Sauf que les banderoles comme «Je suis éleveur et je meurs» rappellent l’abîme. Elles sont là depuis le premier jour, lorsque le président François Hollande est venu au petit matin inaugurer le salon et s’y faire insulter copieusement: «Les traits distinctifs du monde paysan sont aujourd’hui la colère et la peur, explique Cecile Lainé, du Herbdbook Charolais. En France comme en Suisse, nos modèles s’écroulent et il n’y a pas assez de niches rémunératrices pour tous les producteurs.»

Les éleveurs de bétail bovin Charolais, première race à viande française, préfèrent toutefois un autre slogan. Leurs banderoles disent «Je suis éleveur et je veux vivre de mon métier». L’ironie est qu’au Salon, après le démontage initial du stand du Ministère de l’agriculture par des éleveurs en colère, le calme est revenu. La grande distribution, incarnée par l’immense pavillon du numéro un français de la viande, Charal, côtoie le grand stand de France terre de Lait, où de jeunes hôtesses distribuent aux enfants des prospectus à colorier. Le folklore paysan a vite repris ses droits: la colère, au salon de l’agriculture 2016, s’est peu à peu diluée dans cette grande kermesse commerciale, culinaire, touristique et environnementale.

Jacques, un éleveur du Jura suisse venu avec son frère, n’en repart pas rassuré. «On nous aime lorsque nous sommes une attraction. On nous oublie lorsque nous redevenons des acteurs économiques à part entière.»

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