Le chef d’escadron Salou Djibo, leader du coup d’Etat au Niger et proclamé lundi président par intérim de ce pays, est un quadragénaire très peu connu du grand public, formé notamment en Chine et qui a participé à des missions de maintien de la paix de l’ONU. C’est lui, «nouvel homme fort de la nation sahélienne», selon la revue locale Libération, qui a «lancé l’assaut contre la présidence et arrêté le président Tandja». «Après s’être arrogé tous les pouvoirs, législatif et exécutif, chef de l’Etat, chef du gouvernement de transition, [il] vient de nommer un nouveau premier ministre et un chef d’état-major particulier.» Le site de la diaspora nigérienne parle d’une «énième intrusion de l’armée sur la scène politique». Et LeFaso.net d’une «œuvre de salubrité politique» dans son «Avis de tempête sur les tripatouilleurs».

Salou Djibo est désormais qualifié de «tombeur de la dictature», de «sauveur de la démocratie» ou encore de «redresseur de torts». Le quotidien d’état Le Sahel le décrit comme «très discret» et note qu’il est «très respecté au sein de l’armée». «Il est timide, il faut lui arracher les mots», lance un journaliste. «Sans tambour ni trompette», lit-on par ailleurs sur le site Afrik.com, cette «personne calme et sereine qui n’est pas intéressée par le pouvoir» a «une formation militaire complète qu’il a suivie dans plusieurs pays.» Durant ces voyages à l’étranger, l’homme a noué «de nombreuses relations importantes», comme l’explique le quotidien nigérien Le Patriote.

L’Observateur Paalga, cité par RFI, remarque que «contre vents et marées», Tandja a «violé la loi fondamentale nigérienne pour s’octroyer une rallonge de trois ans afin d’achever ses chantiers, enfantant, au détour d’un référendum factice, cette VIe République qui lui permettrait de régner ad vitam aeternam […]. Mais là s’achève le rêve, constate le quotidien de Ouagadougou, avec le concert macabre improvisé par la Grande Muette […] pour mettre fin à la forfaiture.» Car ce «vaste pays extrêmement pauvre […] a pourtant un sous-sol riche en matière première. Mais la gloutonnerie du pouvoir du colonel […] a conduit à une profonde crise politique», selon le site Afriscoop.com.

Surtout, maintenant, pour le journal burkinabé Le Pays, cité par Courrier international, «la junte nigérienne, qui a renversé Mamadou Tandja le 18 février pour, dit-elle, restaurer la démocratie, devrait donc dire si elle entend garder longtemps le pouvoir ou si elle compte le remettre à brève échéance». La Presse de Montréal s’est entretenue avec Khalid Ikhiri, le président de l’Association nigérienne pour la défense des droits de l’homme, qui déplore le renversement de Tandja par l’armée. Son «inquiétude est double, même triple. D’abord, notre pays, dit-il, en dehors de la crise politique qu’il traverse, est malheureusement confronté à une famine. Les populations ont très peu de choses à manger d’ici la prochaine saison des pluies. Ensuite, quelle sera demain la démocratie au Niger?»

Même analyse pour Le Républicain, au Mali, pour lequel «l’exemple nigérien démontre l’urgence […] de revisiter», en Afrique, les doctrines «de la gouvernance démocratique». Et pour Walf Fadjri-L’Aurore sénégalaise, selon laquelle «depuis quelques années, on assiste à un retour des coups d’Etat en Afrique. Une situation qui met souvent en selle une junte militaire justifiant toujours son acte par une «volonté de sauver le peuple», et qui, au finish, a du mal à céder le pouvoir.» «On ne peut pas saluer ce coup de force militaire qui replonge, une fois de plus, le continent africain dans cette Afrique odieuse des colonels et des généraux», renchérit Le Potentiel de Kinshasa, repris par Courrier international. Et «comment faire confiance à la promesse d’un affamé de ne se servir que modérément des mets de la République? se demande le quotidien sénégalais Le Soleil. Il faut surveiller Salou Djibo comme un militaire sur un fauteuil présidentiel.»

«Voici un coup d’Etat qui intéressera sûrement les politologues avertis et qui ne manquera pas d’avoir des répercussions sur l’avenir des relations entre les armées africaines et le pouvoir civil dans le processus démocratique en cours sur le continent, analyse pour sa part le site Néoleadership Guinée. Cette intervention armée pour renverser un pouvoir civil en place, fût-il dans l’illégalité, recouvre plusieurs aspects, à savoir: sa prévisibilité, sa «légitimité» et l’unanimité qu’elle a déclenchée.»