Mercredi 11 janvier restera dans les annales de la police au Salvador: le pays n’a connu aucun homicide ce jour-là, ce qui n’était plus arrivé depuis près d’une année, soit depuis le 22 janvier 2015. Dans cet Etat d’Amérique centrale, qui compte parmi les plus violents du monde, un tel non-événement constitue un événement. Il n’est survenu qu’une seule fois en 2015 ainsi qu’en 2013 et que deux fois en 2012. Le nombre de meurtres par jour dépasse «normalement» la dizaine: en 2016, il s’est ainsi élevé à 14,4 en moyenne.

Volonté de négocier avec le gouvernement

Le chiffre est énorme en valeur absolue. Il est plus impressionnant encore en pourcentage de la population. Dans ce pays de six millions d’habitants, les 6657 homicides recensés en 2015 représentent une proportion de 104 pour 100 000 résidents. En comparaison, la Suisse n’a connu cette même année que 57 meurtres, soit 116 fois moins, alors qu’elle abrite une population légèrement plus nombreuse.

Dans ce contexte, trois des organisations criminelles les plus violentes du pays, la Mara Salvatrucha (MS13), Barrio 18 Sureños et Barrio 18 Revolucionarios, ont récemment annoncé par l’intermédiaire d’un journal local leur désir de négocier leur démobilisation avec le gouvernement. Ces groupes, qui comptent un total de 60 000 à 70 000 hommes, ont expliqué leur geste par une volonté de réduire la violence dans le pays et de freiner l’escalade guerrière en cours entre leurs troupes et les forces de sécurité, des affrontements qui ont fait 500 morts de leur côté et un peu plus de 60 parmi les agents de l’Etat.

Pas de négociation avec «des criminels»

L’offre a été rejetée. Le ministre de la Justice, Mauricio Ramirez Landaverde, a déclaré au quotidien espagnol El Pais, que son gouvernement «ne négociera pas avec des criminels» et qu’il avait la ferme volonté de rester «collé» à la loi. Une question de principe… mais pas seulement. La trêve conclue en 2012 entre le gouvernement de l’ancien président Mauricio Funes et les maras ne s’est pas révélée concluante. Si elle a permis une réduction de 50% des homicides pendant plusieurs mois, elle a simultanément permis aux gangs de reprendre leur souffle et de se reconstituer.

La population salvadorienne, qui subit de plein fouet la violence des maras, montre une même détermination à lutter sans concession contre la criminalité. Un reporter de la chaîne qatarie Al Jazeera a récemment demandé à des Salvadoriens ce qu’ils pensaient d’une trêve. «Pas un n’en a soutenu l’idée», rapporte le journaliste. «Vous ne pouvez pas négocier avec des terroristes, lui a répondu une infirmière. Or, les gangs sont des terroristes.»