Il y a 55 ans, l'Inde et le Pakistan ne faisaient qu'un. Depuis, c'est la guerre, par les mots, quand ce n'est pas par les armes. Pour les deux pays, l'indépendance et la création ont eu lieu dans la nuit du 14 et 15 août 1947, à minuit. Ils n'ont même pas pu s'accorder sur la date. Les Pakistanais célèbrent cet anniversaire le 14, les Indiens, le 15. Et ils n'ont guère manqué depuis d'en profiter pour exprimer leurs désaccords. Cette année, les discours ont été particulièrement musclés dans des capitales sous haute surveillance par crainte des attaques terroristes. L'adversaire commun n'a pourtant pas réussi à les rapprocher.

Le terrorisme était au centre du discours du président Pervez Musharraf. Rien d'étonnant à cela. Le Pakistan, allié principal des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme, est devenu une proie pour les militants fondamentalistes musulmans. Le président a promis de leur «briser le dos» et a condamné avec force les attaques dont les Occidentaux et les chrétiens ont été la cible dans son pays. «Une insignifiante minorité a pris notre pays en otage avec ses conceptions perverties de l'islam», a-t-il déclaré. Contre toute attente, son discours était en anglais et sans doute autant destiné aux Américains qu'aux Pakistanais. De même la promesse, pour les législatives du 10 octobre, d'élections «libres, justes et transparentes», alors que le général, au pouvoir depuis 1999 à la faveur d'un coup d'Etat militaire non sanglant, est accusé de vouloir garder à tout prix le contrôle du pays. Après ces questions délicates et impopulaires, il restait, pour rassurer et unir, l'inévitable référence à «l'autodétermination de nos frères cachemiris», ce «devoir sacré qui ne pourra jamais faire l'objet d'aucun compromis». Pour le président pakistanais, ce scrutin prévu pour l'automne sera «truqué» et un «échec».

Piqué, le premier ministre indien n'a pas mâché ses mots lors d'un discours à usage tout autant interne que celui du président pakistanais: «Ceux qui qualifient de farce les élections au Cachemire devraient balayer devant leur porte.» Il a aussi accusé le Pakistan de «vouloir prendre le Cachemire par le terrorisme» après avoir échoué par la guerre. M. Vajpayee a affirmé vouloir la paix, alors que l'«ennemi commun, c'est la pauvreté». Mais, selon lui, le dialogue est impossible dans les circonstances actuelles.