Depuis le 1er mai, plus aucun pays n’est censé acheter de pétrole iranien. Ainsi en a décidé la Maison-Blanche et la Maison-Blanche seule. De quel droit? La loi du plus fort qui fait des Etats-Unis la première puissance mondiale. Donald Trump vient aussi d’augmenter la pression sur le Venezuela de Nicolas Maduro. Dans les deux cas, il s’agit de précipiter un changement de régime, rien de moins.

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L’expérience montre que les sanctions ont rarement atteint leurs objectifs déclarés. Elles ont au contraire frappé les populations qui, selon cette logique illusoire, devaient se soulever contre les gouvernements visés. A l’inverse, le marasme économique renforce l’autoritarisme et le contournement des sanctions génère un marché noir au seul profit du pouvoir en place.

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C’est ce qu’a montré le fiasco des sanctions contre l’Irak de Saddam Hussein dans les années 1990. La catastrophe humanitaire a lancé un débat sur la nécessité de mesures davantage ciblées. Ce vœu pieux est aujourd’hui oublié. Quand les sanctions visent le pétrole, principale ressource de l’Iran et du Venezuela, il est difficile d’argumenter qu’elles sont ciblées.

Même si les Etats-Unis ne sont pas les seuls en cause, ils sont le premier châtieur international. De par leur puissance, leurs décisions s’imposent par-delà leurs frontières. Les pays catégorisés comme voyous ne sont pas les seuls à faire les frais de l’unilatéralisme américain. Les alliés de Washington, sommés de couper les liens avec les parias, en sont aussi les victimes collatérales.

L’Union européenne tente de trouver la parade pour continuer à commercer avec l’Iran, car, de l’aveu général, Téhéran respecte ses engagements de désarmement nucléaire. Des efforts pour l’instant vains. Tenir tête à Washington passe par une affirmation de puissance, seule à même de changer les rapports de force.

La multiplication des sanctions a une autre explication: le consensus entre les grandes puissances s’est érodé. Le Conseil de sécurité des Nations unies, qui devrait être le seul habilité à sanctionner les gouvernements menaçant la paix mondiale, est systématiquement bloqué par les mêmes pays, notamment la Russie et la Chine, qui dénoncent les mesures unilatérales américaines. Cette paralysie favorise les initiatives solitaires dans un monde qui ressemble à une jungle.