Berne dans l’embarras

Pour la Suisse, qui préside l’OSCE cette année, le choix s’annonce délicat. Va-t-elle ou non se rallier aux sanctions contre la Russie annoncées par l’UE et les Etats-Unis, alors qu’elle se trouve à la tête d’une organisation qui tente une médiation entre les parties?

A Berne, la préoccupation immédiate est surtout de ne rien précipiter, face à une situation qui peut évoluer très rapidement. «La Suisse a pris connaissance» des mesures décidées lundi à l’encontre de Moscou, communique le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Qui se contente de préciser que «la compétence pour décider d’éventuelles mesures de la part de la Suisse relève du Conseil fédéral».

Le gouvernement ne se réunissant pas avant la semaine prochaine, Berne a un prétexte tout trouvé pour temporiser – même si une décision en urgence reste possible en tout temps. Quoi qu’il en soit, le Conseil fédéral veut se laisser du champ. Il ne prendra de décision, positive ou négative – et sur proposition du Seco –, que «ces prochaines semaines», explique Jean-Marc Crevoisier, responsable de l’information du DFAE. Pour l’heure, «la priorité de Didier Burkhalter est de trouver un consensus en vue de l’envoi d’une mission d’observation» de l’OSCE.

La Suisse, qui a bloqué les comptes de l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch, a certes déjà montré que la présidence de l’OSCE n’annihilait pas toute autre préoccupation chez elle. Mais ce précédent a ses limites.

«Si la Suisse peut parvenir à s’interposer, elle rendra un précieux service à tout le monde», analyse André Liebich, professeur honoraire d’histoire et politique internationales à I’IHEID. Pour lui, la Suisse, qui a des raisons d’être embarrassée au moins aussi longtemps que subsistent des espoirs du côté de l’OSCE, devrait dans la mesure du possible ne pas suivre ou alors retarder l’application de sanctions. Des mesures sur lesquelles ce spécialiste se montre réservé, notamment parce que Vladimir Poutine ne sera pas fâché de pouvoir montrer que les fonds russes sont plus en sécurité en Russie qu’ailleurs.