Les diplomates communautaires l’avaient prévu: la révolte en Libye pose à l’Union européenne des défis sans comparaison avec ceux des transitions égyptienne ou tunisienne.

Les débats, mercredi, l’ont encore montré: entre la préparation de sanctions ciblées contre le colonel Kadhafi et son entourage – réclamées par la France et l’Allemagne mais peu soutenues par le Royaume-Uni, les cris d’alarme des pays riverains de la Méditerranée confrontés à une possible arrivée massive d’émigrés, et la coordination des évacuations des ressortissants européens… le nouveau Service pour l’action extérieure (SEAE) n’a, tout au long de la journée, apporté que des réponses partielles.

Des décisions devraient néanmoins vite tomber. Dès hier soir, le mécanisme de protection civile européen, doté de moyens aériens, a été activé pour une assistance immédiate à la région de Benghazi. Au­jourd’hui, les ministres de la Justice de l’UE réunis à Bruxelles pourraient s’entendre sur le gel des avoirs d’une quarantaine de personnalités libyennes. Lors du Comité mixte Schengen, où la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga sera présente, une extension de la mission d’urgence dépêchée au sud de l’Italie par l’agence Frontex sera approuvée.

Navires prêts à accoster

Les ministres joueront sans surprise une partition délicate, confirmant, d’un côté, l’adhésion de l’UE au principe de non-refoulement que le haut-commissaire pour les réfugiés viendra rappeler ce jeudi à Bruxelles et, de l’autre, la constitution d’un filet maritime au large des côtes de la Libye. Une dizaine de navires de guerre européens étaient déjà positionnés mercredi, avec pour mission de se préparer à accoster pour les évacuations de civils si le pays s’enfonce dans le chaos.

Le chiffre le plus problématique, a admis Frontex en refusant de dévoiler ses scénarios, est la présence en Libye de près de un million de ressortissants africains ou asiatiques que leurs pays n’ont pas les moyens de secourir. La Hongrie, qui assume la présidence tournante de l’UE, a répété qu’elle n’était pas favorable à la constitution d’un Fonds de solidarité avant une juste évaluation des besoins.

Le terrain des sanctions, tout comme celui des poursuites judiciaires contre le colonel Kadhafi, s’annonce comme un test clef pour le SEAE. La suspension, mardi, des négociations en cours sur un partenariat UE-Libye entamé en 2008 et l’arrêt des livraisons d’armes ont crevé un premier abcès. Mais la collecte d’informations en vue d’interdire de visa telle ou telle personnalité ou de déposer plainte s’annonce compliquée. Plusieurs ambassadeurs européens ont expliqué hier que la priorité devait au contraire être de favoriser les défections de cadres du régime, plutôt que d’amener celui-ci à resserrer les rangs en dressant des listes noires. Des contacts, confie-t-on à Bruxelles, ont été pris avec toutes les grandes compagnies énergétiques européennes impliquées en Libye telles Eni, BP, Statoil, Wintershall, Total et RVE, pour discuter d’un éventuel embargo pétrolier. La venue à Bruxelles jeudi du premier ministre russe Vladimir Poutine permettra enfin d’évoquer une éventuelle saisine de la Cour pénale internationale de La Haye par l’ONU.