Très attendu, le rapport du Trésor américain a provoqué de vives réactions côté russe avant même qu’il ne soit rendu public. Pour Moscou, la perspective que les Etats-Unis promulguent de nouvelles sanctions contre la Russie est ni plus ni moins une «tentative directe et évidente» d’interférer dans l’élection présidentielle russe. C’est ce qu’a osé affirmer lundi Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin. Vladimir Poutine devrait être réélu le 18 mars prochain.

Contrats d’armement annulés

C’est dans ce contexte de pressions que le Trésor américain devait transmettre lundi au Congrès plusieurs rapports, dont l’un détaillant la proximité d’oligarques russes avec Vladimir Poutine, avec à la clé d’éventuelles nouvelles sanctions. Mais le Département d’Etat a été plus rapide en termes de communication. Fin octobre, il avait placé 39 sociétés d’armement russe sur une liste noire, sociétés avec lesquelles il était interdit de faire des affaires sous peine de sanctions. Lundi, en début de soirée, le département dirigé par Rex Tillerson a fait savoir que la loi adoptée l’an dernier par le Congrès, à l’origine de la liste, avait été suffisamment dissuasive: des gouvernements étrangers ont renoncé à des contrats d’armement avec ces sociétés russes pour un montant de plusieurs milliards de dollars. Inutile donc d’imposer de nouvelles sanctions, souligne la diplomatie américaine.

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Washington ne précise pas quels sont les pays qui ont renoncé aux transactions. La liste comprend des noms de groupes importants comme Kalachnikov, les constructeurs aéronautiques Sukhoï et Tupolev, ainsi que les principales agences de renseignements russes.

Neuf entités et 21 personnes

C’est cette même loi édictée le 2 août par Donald Trump, en réaction à l’attitude de la Russie dans le conflit ukrainien, à l’annexion de la Crimée par Moscou et à l’affaire de l’ingérence dans la présidentielle américaine, qui a poussé le Trésor américain à édicter sa propre liste et à cerner les principaux oligarques proches de Vladimir Poutine. Vendredi, le Trésor avait déjà annoncé de nouvelles sanctions. Le ministre russe de l’Energie les a qualifiées d'«absolument illégales» et Moscou a rapidement évoqué une possible riposte.

Neuf entités et 21 personnes, dont onze «ministres» séparatistes sont visés. Tout comme le vice-ministre russe de l’Energie ou le directeur général de Technopromexport, accusés d’avoir détourné des turbines de gaz de Siemens vers la Crimée. «Cette décision s’inscrit dans le cadre de l’engagement du Trésor à maintenir la pression des sanctions sur la Russie. Elle souligne l’opposition du gouvernement américain à l’occupation de la Crimée par la Russie et son rejet catégorique de la tentative d’annexion de la péninsule», précise le communiqué de vendredi. Finalement, rien de nouveau n’a filtré lundi, alors même que la porte-parole de la Maison Blanche assurait encore en début d’après-midi qu’une information serait donnée.

Ces communications, distillées dans une certaine cacophonie, interviennent alors que l'«affaire russe» reprend de plus belle: l’enquête menée par le procureur spécial Robert Mueller, un ancien patron du FBI, sur l’ingérence de Moscou dans la présidentielle américaine, se resserre toujours plus autour de Donald Trump et de son entourage. Le président des Etats-Unis s’est efforcé ces jours de démentir une rumeur selon laquelle il aurait voulu limoger Robert Mueller en juin 2017.

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Lundi, c’est dans ce contexte de tensions, d’incertitudes et de menaces, et alors que le numéro deux du FBI a donné sa démission, que Mike Pompeo, le directeur de la CIA, a jeté de l’huile sur le feu en soulignant, lors d’une longue interview accordée à la BBC, qu'il prévoyait une ingérence russe lors des élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre. «Je m’attends à ce qu’ils continuent à essayer de faire cela, mais j’ai la conviction que l’Amérique sera capable d’avoir des élections libres et équitables et que nous repousserons ces ingérences suffisamment efficacement pour que leur impact sur nos élections ne soit pas important», a-t-il notamment souligné.