Une Union européenne (UE) unie contre un faiseur de guerre nommé Vladimir Poutine: à l’issue du sommet extraordinaire des chefs d’Etat ou de gouvernement des 27 pays membres de l’UE à Bruxelles, tard dans la nuit de jeudi à vendredi, la volonté de riposte économique et financière contre l’agression militaire russe en Ukraine est apparue sans faille et unanime. Elle s'est confirmée vendredi avec la réunion des ministres des Affaires étrangères qui a officialisé le second train de sanctions contre la Russie, incluant l'annonce d'un gel des avoirs européens du président Vladimir Poutine et de ses ministres des Affaires étrangères, de la défense et des finances.

«Poutine doit payer»

«Le Kremlin a complètement échoué en décidant de s’en prendre à un pays ami. Cet événement marque le début d’une nouvelle ère. Poutine doit et va payer», a promis la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dont les équipes ont préparé le second train de sanctions adopté dans la nuit et validé ce vendredi. Suite à leur validation formelle, celles-ci entreront en vigueur après publication au Journal Officiel de l'UE.

D’ici là, «les canaux resteront ouverts pour rendre possible un cessez-le-feu», a complété le président français, Emmanuel Macron, tout en reconnaissant avoir échangé en vain avec son homologue russe dans la soirée, à la demande du président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Echec. «Cela n’a pas produit d’effets. Poutine a choisi la guerre», a répété le chef d’Etat, qui devrait, dans les jours qui viennent, confirmer sa candidature à sa réélection à la présidence de la République. Il participera ce vendredi à 15 heures au sommet des Chefs d'Etat ou de gouvernement des trente pays membres de l'Otan depuis le centre de crise du ministère de la défense à Paris.

A lire aussi: «Calibrer» les sanctions, le casse-tête européen

Un embargo prévu

C’est sur le terrain économique que la riposte communautaire aura lieu, via une seconde série de sanctions qui toucheront à la fois le secteur financier et bancaire russe, le secteur de l’énergie et des hydrocarbures, le secteur de l’aviation et des technologies, et la délivrance de visas pour l’espace Schengen. Des sanctions qui pourraient ensuite être réévaluées et approfondies.

Ursula von der Leyen avait annoncé à l'issue du sommet européen que celle-ci incluront un embargo sur les pièces de rechange pour les raffineries pétrolières et pour les avions de ligne russes, à 70% composés d’Airbus et de Boeing. Cet embargo devrait priver la Russie de pièces qui ne peuvent pas être remplacées par des tiers (par exemple par la Chine), accélérant l’obsolescence de ses équipements. L'UE entend également réduire l'accès de Moscou aux «technologies cruciales» en la privant de composants électroniques et de logiciels, de façon à « pénaliser gravement » son économie. La fermeture de l'espace aérien de l'UE aux aéronefs russes pourrait suivre.

La déconnexion du système de transactions financières internationales Swift n’a, en revanche, pas été actée, notamment en raison des réticences allemandes et de la nécessité, pour les entreprises européennes présentes en Russie, de pouvoir rapatrier leurs capitaux. Concernant les sanctions ciblant des personnalités russes, une trentaine de personnalités sont visées, dont Vladimir Poutine et son diplomate en chef Serguei Lavrov. La Direction générale des Finances publiques française va se charger d’identifier les avoirs en France des personnes visées. Une phrase de la conférence de presse post-sommet est à retenir pour la place financière suisse et ses banques: «Nous allons nous employer à éliminer tous les refuges fiscaux et financiers de l’élite russe des affaires», a asséné Ursula von der Leyen. Cette élite, en plus d’être frappée au porte-monnaie, le sera en outre dans sa liberté de circulation puisque l’attribution de visas Schengen aux diplomates et hommes d’affaires russes sera revue de fond en comble.

A lire aussi: A Bruxelles, tous alliés face à la Russie?

Deux moments forts

Deux moments ont montré, lors de la conférence de presse commune qui clôturait le sommet vers 3h du matin à Bruxelles, le changement d’époque engendré par la guerre déclenchée par le Kremlin. Le premier est intervenu au tout début de celle-ci lorsque le président du Conseil européen, Charles Michel, a réaffirmé que «l’OTAN est la pierre angulaire de la sécurité européenne», confirmant l’accord unanime pour le retour de l’Alliance atlantique au premier plan malgré sa domination par les Etats-Unis. Ce vendredi après-midi, un sommet du conseil des Chefs d'Etat ou de gouvernement des trente pays membres de l'OTAN s'est tenu en visioconférence.

Le président français a pour sa part nuancé, mettant l’accent sur la nécessaire souveraineté européenne en matière énergétique, mais le fait est que l’OTAN – donc les Etats-Unis – est revenu dans la cabine de pilotage communautaire sur les questions de sécurité… grâce à Poutine.

Deuxième moment fort: les accusations égrenées par Ursula von der Leyen selon laquelle la Russie, premier fournisseur énergétique européen, «ne peut plus être considérée comme un partenaire fiable pour l’approvisionnement de l’UE en gaz». Dès l’année prochaine, l’hiver européen devrait voir le recours massif aux importations de gaz liquéfié en provenance des Etats-Unis notamment.

La solidarité au rendez-vous

Troisième volet de cette réponse européenne: l’engagement à prendre en charge les réfugiés en provenance d’Ukraine et à armer le flanc oriental et baltique de l’UE. Les appels à l’aide des pays baltes, de la Pologne et de la Roumanie devraient entraîner le positionnement de nouveaux contingents militaires alliés.

Preuve que la solidarité à 27 était cette nuit au rendez-vous. «Il y a eu unanimité à rappeler la solidarité de tous les Européens», a répété Emmanuel Macron, qui participera vendredi après-midi à un sommet de l’OTAN en visioconférence.

Pour l’heure, l’effet souhaité par le président russe, à savoir la sidération européenne devant l’avancée rapide de ses troupes vers Kiev, n’est pas au rendez-vous. L’exposition de la Russie à l’économie internationale devrait se réduire dans les prochaines semaines à portion congrue. Une situation assurée d’être difficilement tenable à long terme si les forces russes s'enlisent dans les plaines ukrainiennes