«Les sanctions à venir sont prêtes»

Le point avec le responsable de Polixis, agence genevoise d’analyse des risques politiques, financiers et bancaires liés à l’ex-URSS.

Le Temps: Lors du sommet du G7 de mercredi, Washington va-t-il faire pression pour de nouvelles sanctions contre la Russie?

Gagik Sargsyan: Probablement pas. Le président Obama a en réalité déjà tracé le périmètre des sanctions à venir dans ses décrets – ses executive orders13660, puis 13661 et 13662 de mars dernier. Les plus sévères restent de l’ordre du possible. Officiellement, les Russes n’ont pas franchi la ligne rouge. Et en coulisses, cela gronde. En particulier du côté d’Exxon Mobil, qui ne veut en rien voir s’écrouler le partenariat – contrat titanesque de plus de 500 milliards de dollars – établi avec Rosneft. On en reste donc au stade de la guérilla économique. Ceci dit, la crise ukrainienne évolue d’heure en heure.

– Le levier du pétrole – ou du gaz – ne sera donc pas activé?

Non, car tout le monde – pas seulement les Européens – y perdrait. La Russie ce n’est pas l’Iran: c’est un producteur de brut aussi important que l’Arabie saoudite. Je pense au levier bancaire. Dans le cadre d’autres sanctions – contre la Syrie – un petit établissement russe, la TEMP Bank, vient d’être accusé de financer des contrats gouvernementaux. L’implication de grandes banques en Syrie, comme VTB ou Gazprombank, avait été mise sous le boisseau cet automne, lors des négociations de Genève. Les sanctions bancaires pourraient revenir en cas d’aggravation de la crise.

– Et être appliquées à la crise ukrainienne?

– C’est une mesure extrême. Frapper des groupes qui, à l’instar de Sberbank, pèsent pour la moitié de certains services bancaires en Russie, aurait des conséquences graves. D’autres sanctions sont prévues. L’Ukraine Support Act, adopté par la Chambre des représentants le 27 mars, appelle, entre autres, à des pressions sur la Banque européenne pour la reconstruction et le développement – la BERD, premier investisseur étranger dans l’ex-URSS – pour qu’elle arrête, voire réduise, ses engagements.

– Quel a été l’impact des sanctions sur l’économie russe?

– Marginal pour l’instant. Mais son effet «psychologique» est tout autre. Sur les trois premiers mois de l’année, les sorties nettes de capitaux ont atteint 50 milliards de dollars; pratiquement les 60 milliards de sorties de l’ensemble de 2013. Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a, lui, évoqué 220 milliards sur un trimestre! Une flèche qui ne peut que maintenir le rouble sous pression. Et porte les germes d’une crise financière.