A la convention républicaine de Tampa (Floride) fin août, Chris Christie, le gouverneur du New Jersey, n’avait pas eu de mots assez durs pour Barack Obama, lui promettant un «aller simple pour Chicago». Il n’avait qu’à peine mentionné Mitt Romney, dont il était censé faire l’apologie. Le gouverneur Christie, il est vrai, avait failli se présenter lui-même à la Maison-Blanche, poussé par une partie de la droite qui aime son côté grande gueule mais aussi grand cœur.

Deux jours après le passage de l’ouragan Sandy, mercredi, Chris Christie a reçu Barack Obama avec profusion d’amabilités. Il l’a remercié pour la réponse «remarquable» de l’administration Obama à la catastrophe et pour sa «compassion» pour le New Jersey. «Franchement, je me fiche des élections», a-t-il répondu à ceux qui s’étonnaient de tant de convivialité. Les deux hommes se sont téléphoné six fois en trois jours. «Il m’a donné son numéro à la Maison-Blanche», a ajouté le gouverneur, qui s’en est servi un soir à minuit et qui a obtenu que le New Jersey soit déclaré zone sinistrée sans passer par la bureaucratie habituelle.

Barack Obama a invité Chris Christie à survoler les dégâts dans son hélicoptère. Une image exceptionnelle de coopération droite-gauche, à six jours d’élections hautement conflictuelles. Et une occasion, pour chacun des protagonistes, de se montrer au-dessus de la mêlée. Elu en 2009 dans un Etat démocrate, Chris Christie est soumis à réélection en 2014.

La côte du New Jersey, connue pour ses stations balnéaires, a été dévastée. Sur près de 200 km, la carte a été remodelée. De nouveaux îlots sont apparus, des dunes ont été transportées dans les chambres de motel. Chris Christie a rappelé ses souvenirs d’enfance. Il a pointé le grand huit de Seaside Heights, où il avait encore amené ses enfants avant la convention de Tampa. La structure métallique, entière, a été déplacée dans l’océan. «C’était la côte de ma jeunesse, s’est désolé Chris Christie. C’est fini.»

La côte, appelée «Jersey Shore», est un lieu quasi mythologique pour les Américains. L’été, on y vient en vacances de tout le Midwest, les familles entassées dans les voitures pour huit ou dix heures de route. Dans les années 1960, c’était souvent la première expérience de l’océan. Jersey Shore est aussi le nom d’un reality-show avec la starlette Snooki. Depuis Sandy, ce sont 2 millions de personnes sans électricité.

Barack Obama n’a pas eu l’air de partager la même nostalgie pour les board-walks (les chemins de planches) de la côte atlantique. Mais il n’était pas mécontent de faire la démonstration de l’utilité du gouvernement fédéral – une question centrale dans l’élection 2012 – et qui plus est devant un gouverneur qui est la coqueluche du Tea Party.

Message du jour: Washington est là «pour vous aider». Barack Obama a donné des consignes à son staff: tout élu local qui passe un coup de téléphone à la Maison-Blanche devra être rappelé «dans les quinze minutes». Il a engagé tous les moyens de l’Etat. Des avions de transport militaire C-17 et C-130 vont acheminer les équipements lourds destinés à pomper l’eau. Le président s’est entretenu avec les PDG des compagnies électriques privées pour les inciter à transférer des personnels vers les Etats sinistrés. Il a même proposé d’utiliser des véhicules de l’armée pour aider au transport des habitants vers leur lieu de travail à New York.

Le premier sondage post-Sandy publié jeudi par le Washington Post et ABC montre que Barack Obama a convaincu les Américains; 80% d’entre eux estiment qu’il a fait un «excellent travail». Et ce score est même de deux tiers chez les partisans républicains.

Mitt Romney, de retour dans la ronde infernale des Etats indécis, était à Tampa, en Floride. Evoquant brièvement la catastrophe, il a jugé «intéressant de voir comme les gens parviennent à se rassembler dans des circonstances comme celles-ci». Bombardé de questions sur le sort qu’il réserverait à l’Agence fédérale des secours d’urgence (FEMA), il a refusé de répondre. Mais son staff a publié un communiqué réaffirmant qu’il estime que l’aide d’urgence doit être du ressort des Etats, mais qu’il maintiendra le niveau de ressources «dont elle a besoin». Après Barack Obama, Mitt Romney va-t-il venir dans le New Jersey, a demandé un journaliste de Fox News à Chris Christie. «Si vous croyez que j’ai le moindre souci pour la politique, a rétorqué le gouverneur, vous ne me connaissez pas.»

80% des Américains estiment qu’il a fait un «excellent travail»