L’intérêt ne faiblit pas. Pour ses premiers pas sur la scène internationale, Sanna Marin, la nouvelle cheffe du gouvernement finlandais, 34 ans, record mondial, avait reçu quelque 500 demandes d’interview à en croire son entourage interrogé par l’AFP. La Finlande assure la présidence tournante de l’Union européenne. Deux jours après être entrée en fonction, la jeune dirigeante sociale-démocrate était donc jeudi et vendredi à Bruxelles, notamment pour défendre le budget européen aux ambitions climatiques très élevées.

«Je ne me vois pas comme un modèle», a-t-elle déclaré à l’issue du sommet européen. Elle a raconté être entrée en politique parce que l’ancienne génération ne prêtait pas assez attention au réchauffement climatique. Jeudi, elle avait en revanche coupé court aux questions sur sa mère homosexuelle. Celle qui était députée depuis 2015 a grandi dans une famille homoparentale. Elle avait confié aux médias finlandais avoir longtemps caché le caractère «non conventionnel» de sa famille.

Au gouvernement, Sanna Marin sera entourée par de nombreuses autres ministres femmes, 13 sur un cabinet de 19 membres. Pour prendre la mesure de sa précocité, l’Autrichien Sebastian Kurz était devenu chancelier à 31  ans et la Néo-Zélandaise Jacinda Ardern a pris les rênes de son pays à l’âge de 37  ans.

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«Réjouissant»

«C’est réjouissant de voir la Finlande confier son destin à de jeunes femmes», réagit Zeina Hilal, directrice des programmes égalité et jeunesse à l’Union interparlementaire (UIP). L’organisation basée à Genève recense la progression des femmes et des jeunes au sein des instances législative à travers le monde.

Sur les deux tableaux, les pays scandinaves sont, sans surprise, des précurseurs.«Il y a une éthique d’inclusion dans les parlements mais aussi dans la société en général», avance Zeina Hilal, pour expliquer les particularités nordiques. Les parlements des pays scandinaves comptent 10% de jeunes de moins de 30 ans. Les ministres trentenaires finlandaises ne viennent donc pas de nulle part. Une poignée d’autres pays compte une représentation parlementaire de jeunes similaire, à savoir Saint-Marin, la Gambie ou le Venezuela.

«Les quotas: des accélérateurs»

Au niveau mondial, seuls 2,2% des parlementaires ont moins de 30 ans. Ce pourcentage évolue très lentement, même dans les continents les plus jeunes, comme l’Afrique, qui reste dans la moyenne mondiale. De nombreux pays ont instauré des quotas pour assurer une représentation minimale des jeunes dans leur parlement. C’est le cas du Rwanda, du Maroc, du Kenya, de la Tunisie, des Philippines ou de l’Egypte, toujours selon les statistiques de l’UIP. L’organisation ne se prononce pas sur le poids réel des parlements. «La démocratie ne se fait pas en un jour, répond Zeina Hilal. L’inclusion des femmes et des jeunes est un élément fondamental de la démocratie.»

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«Les quotas sont la meilleure manière d’accélérer l’entrée en politique de toutes les catégories sous-représentées», plaide Zeina Hilal. L’UIP recommande aussi d’aligner l’âge légal pour voter et pour être élu, l’écart peut être conséquent selon les pays. En Suisse, la nouvelle Assemblée fédérale compte désormais 95 femmes, sur 246 sièges. Le parlement s’est aussi légèrement rajeuni, on compte sept députés qui ont moins de 30 ans, dont quatre nouveaux et nouvelles élues. Comme la Suisse, les pays scandinaves ne disposent pas de quotas, ni pour les femmes ni pour les jeunes.

Instabilité politique

A Helsinki, Sanna Marin n’a pas indiqué si elle entendait introduire des quotas en Finlande. Son premier défi sera de durer. Son prédécesseur et collègue de parti Anti Rinnen n’aura été à la tête du pays que six mois. Et les deux expériences de femmes à la tête de la Finlande avaient tourné court, en 2003 et 2010. Déjà, la coalition menée par Sanna Marin et composée de cinq partis de centre gauche menace de se fracasser sur un le dossier empoisonné du retour des proches de djihadistes détenus en Syrie.

Faut-il rapatrier uniquement les enfants ou leurs mères aussi? La nouvelle ministre des Finances, Katri Kulmuni, 32 ans, a cru bon de lancer un sondage sur son compte Instagram. Durant sa première conférence de presse, la première ministre, également une grande utilisatrice des réseaux sociaux, a répondu qu’elle ne changerait pas ses habitudes en ligne mais a promis d’être plus prudente.

Sa collègue des Finances aurait dû suivre ce conseil. Vendredi, elle a retiré son sondage après un tollé. L’ONG Human Rights Watch avait estimé que des «questions de vie et de mort» ne devaient pas être tranchées par des «référendums sur des réseaux sociaux». L’opposition finlandaise a déjà lancé une motion de censure sur cette question du rapatriement et le parti d’extrême droite des Vrais Finlandais, vent debout contre tout retour, caracole en tête des sondages. Le plus jeune gouvernement du monde ne sera-t-il qu’une parenthèse?