Les relations tendues entre le gouvernement chilien et la communauté indigène mapuche seraient-elles sur le point de s’assouplir? Alors que la région d’Araucanie est en proie, depuis une dizaine de jours, à des violences liées aux conflits territoriaux opposant depuis des décennies les Mapuches à l’Etat et à des propriétaires terriens, l’exécutif s’est dit prêt à ouvrir la discussion. Il a lancé lundi, par les voix du ministre de l’Intérieur, Andrés Chadwick, et du ministre du Développement social, Joaquin Lavin, un appel «à dialoguer sans exclusion» avec les groupes mapuches d’Araucanie, une province située à quelque 700 km au sud de Santiago.

La démarche est inédite de la part du gouvernement, qui a toujours opté pour une approche répressive face aux revendications des Mapuches, parfois assorties d’actions violentes. Cette population indigène constituée de quelque 700 000 personnes est déterminée à récupérer les terres dont leurs aïeux ont été privés à la fin du XIXe siècle.

L’ouverture affichée par les autorités surprend d’autant plus que l’émotion est très vive dans le pays depuis le 4 janvier et l’événement qui a déclenché les troubles: il s’agit de la mort d’un couple âgé de riches propriétaires terriens dans la localité de Vilcun. Les époux ont péri dans l’incendie de leur maison, après avoir tenté de se défendre face à plusieurs agresseurs. Sur la propriété, des tracts évoquant le cinquième anniversaire de l’assassinat par la police d’un étudiant mapuche ont été retrouvés, dirigeant les soupçons vers la communauté indigène. Depuis, sept autres bâtiments ont été incendiés, dont, jeudi dernier, une école mapuche située dans la banlieue de la ville de Temuco, probablement en guise de représailles.

Le gouvernement a d’abord réagi aux événements en créant un groupe spécialement voué à la lutte antiterroriste dirigé par un haut gradé des carabiniers, et en annonçant que les responsables tomberaient sous le coup de la loi antiterroriste. Instaurée sous Pinochet et décriée par les organisations de défense des droits de l’homme, elle permet notamment d’allonger la durée des détentions préventives et d’alourdir les peines encourues par les accusés.

Sommet international

Dès lors, comment faut-il interpréter l’appel gouvernemental à discuter: s’agit-il de l’amorce d’un changement de politique, ou d’une trêve provisoire? Pour Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques de Paris et spécialiste de l’Amérique latine, il est trop tôt pour le dire. «Il faudra voir comment la situation évolue en février, lorsque les rencontres internationales qui doivent avoir lieu à Santiago à la fin du mois seront terminées.»

Le président Piñera (centre droit) espère peut-être apaiser temporairement la communauté mapuche afin d’éviter des troubles qui terniraient l’image du pays durant le sommet entre l’Union européenne et les pays de la Communauté d’Etats latino-américains et caribéens des 26 et 27 janvier. Mais les Mapuches, eux, espèrent sans doute que le chef d’Etat, en difficulté en cette année électorale qui risque de voir le centre gauche revenir au pouvoir, s’apprête à changer de stratégie pour gérer plus efficacement la discorde territoriale, à l’origine de troubles récurrents.

Professeur à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, Marc Hufty n’y croit guère: «Je doute fortement que Sebastian Piñera ait l’espoir de résoudre les conflits territoriaux avec les Mapuches. Ils sont trop nombreux, trop divers et, en quelque sorte, «enracinés.» En son temps, le gouvernement de centre gauche de Michelle Bachelet n’avait pas non plus réussi à trancher ce nœud gordien.