Yémen

«Les Saoudiens montrent qu’il n’y a pas de ligne rouge»

Pour l’analyste Hisham al-Omeisy, les houthis pensaient que Hodeïda était imprenable. Ils sont en voie de perdre leur pari

Hisham al-Omeisy est l’un des analystes yéménites les plus écoutés, et un des plus présents sur les réseaux sociaux. Détenu par les forces houthies à Sanaa pendant cinq mois, puis contraint à la résidence surveillée, il a trouvé moyen de se mettre récemment à l’abri avec sa famille. Pour lui, la bataille de Hodeïda, bien que meurtrière, était «inévitable».

Le Temps: La communauté internationale a tout fait pour éviter une offensive de la coalition saoudo-émiratie sur Hodeïda. Pourtant, la voilà lancée…

Hisham al-Omeisy: Les houthis ont fait le pari selon lequel cette bataille était inenvisageable. Mais ils se sont trompés. C’est grâce aux taxes et aux trafics qui alimentent ce port qu’ils alimentent leur trésor de guerre. Pour une majorité de Yéménites, cette offensive est un désastre, mais elle était inévitable. La coalition leur montre qu’il n’y a pas de «ligne rouge». Au-delà de Hodeïda, c’est un avertissement aussi quant à la reprise possible de Sanaa, la capitale.

Pourtant, l’ONU et les ONG s’alarment devant les conséquences terribles que pourraient produire ces combats?

Les houthis se sont assurés que cette bataille serait très dure. Un peu partout, ils ont placé des mines antipersonnel et creusé des tranchées. Chaque rue, chaque maison peut être piégée. Ils sont prêts à se battre jusqu’au dernier. Pourtant, avec l’attention mondiale que cette situation provoque, je ne pense pas qu’il y aura des milliers de morts. Des centaines de victimes, c’est déjà beaucoup, mais aujourd’hui, ce qu’il faut, c’est que cela dure le moins longtemps possible. Surtout, il faut que le port redevienne opérationnel rapidement. La pire des situations, ce serait une bataille qui se prolonge et toute cette partie du pays qui finit par s’asphyxier.

Aux côtés des Emiratis, les combattants qui veulent prendre la ville sont pour le moins hétéroclites. Que se passera-t-il ensuite?

Pour l’instant, vous avez un front qui est uni par la même haine des houthis. Mais ensuite, les choses risquent en effet de se compliquer. Les Emirats tentent de donner des garanties sur une future transmission du pouvoir au gouvernorat local, mais cela n’ira pas de soi. Il y a, parmi les combattants, des séparatistes du sud, qui sont prêts à donner un coup de main aujourd’hui, mais qui demain demanderont la récompense qui leur est due. Ce sera très difficile de les écarter par la suite. De même, sont aussi présents des membres d’Al-Qaida, financés par les Emirats mais qui tissent leurs propres alliances de leur côté.

Ces réseaux terroristes ont-ils le vent en poupe?

Personne n’y prend vraiment garde, mais aujourd’hui, dans un pays dévasté, les sympathisants d’Al-Qaida sont les seuls qui viennent en aide aux communautés, qui permettent de remettre en état les routes ou les réseaux électriques. Ils évoluent dans un environnement qui leur est largement favorable. Ils attendent simplement leur heure.


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